Comment la presse veut survivre face aux « fake news »

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13.03.2017
A partir du 21 mars, près de 900 médias français se lanceront dans une grande campagne de sensibilisation, sous la bannière #DemainLaPresse. pour prouver que la presse papier est bien passée au numérique, en conservant ses valeurs. Les explications de Stéphane Bodier, vice-président de l’Alliance pour les chiffres de la presse et des médias (ACPM, ex-OJD), qui a coordonné cette opération.
C’est la première fois qu’un organisme professionnel de presse fait campagne en faveur des journaux.  Quelle est la genèse de ce projet?

Ce n’est pas l’ACPM, mais l’ensemble de la presse française qui prend la parole, de manière unie. C’est d’ailleurs la première fois qu’il y a une telle campagne de sensibilisation..
Tout est parti d’un think tank que nous avons créé de 40 membres: éditeurs de presse, des présidents d’agences média, d’agences de publicité, et des annonceurs. Pour reconquérir la publicité, nous avons alors décidé de lancer une nouvelle étude d’audience sur l’efficacité de la presse comme média. Autre volet, nous allons proposer, à partir du 27 mars, un plan de formation gratuit et en ligne sur la presse auprès de 300 jeunes collaborateurs en agences de publicité et agences média.
Et il y aura donc cette campagne de communication, conçue gratuitement par l’agence Australie, avec un plan média élaboré par le groupe Publicis, étalée de mars à juin. Elle visera la presse quotidienne régionale, presse quotidienne nationale, presse gratuite, presse spécialisée… Près de 900 titres vont relayer cette campagne, avec ces trois visuels de publicité que devront insérer chaque titre papier, et 25% des parts de voix (des espaces publicitaires) pour un jour donné pour les sites web.
On parle souvent d’une presse écrite en danger face au numérique. Votre objectif est de prendre le contre-pied de cette idée: vos slogans sont volontiers provocateurs, comme «Où lirez-vous la presse quand les ordinateurs, tablettes et autres smartphones auront disparu».
Notre objectif est de démontrer qu’en 10 ans, la presse française s’est transformée: il y a eu une transformation numérique, une transition des médias vers le numérique [les ventes de titres de presse ont baissé de 3,2% en 2016, tandis que la vente des versions numériques en format PDFa augmenté de 53%, avec 172,5 millions d’exemplaires, et la fréquentation des sites et applications de presse a crû de 38% sur mobiles et tablettes, NDLR]. Plus de la moitié des audiences sont digitales, et elle a survécu à la plus grave crise publicitaire de son histoire, avec près de 2 milliards d’euros (de recettes publicitaires) partis chez Google et Facebook depuis 2007. Aujourd’hui, il y a des titres comme La Croix, l’Equipe, Les Echos, Le Monde, dont les diffusions repartent, à la fois en papier et en digital. Le support n’a pas d’importance, le fond, c’est le travail des journalistes.
Nous voulons aussi susciter le débat. A partir du 17 mars, un compte Twitter @demainlapresse et un site DemainLaPresse.com seront mis en place. Nous allons poser des questions aux Français sur leurs relations avec la presse. Par exemple, «Est-ce que la presse a réussi à transformer la démocratie», «Est-ce que le ministre de la communication devrait toujours être un journaliste», ou «La lecture de la presse devrait-elle être obligatoire au lycée?».
Le secteur de la presse veut montrer son sérieux à l’heure où les fake news (diffusion délibérée de désinformation) font débat?
Oui, cette campagne vise aussi à démontrer que la presse sera toujours là. Quel que soit le support, on aura toujours besoin d’informations crédibles, vérifiées, et qui donnent du plaisir. Les articles «bidon» sont au cœur des préoccupations du secteur, qui tient à prouver le sérieux de son travail. Les «fake news» sont sur Facebook ou Google. Personne ne les a jamais lus en presse, dans Le Monde, Challenges, Elle ou Moto journal: le directeur de la publication est pénalement responsable de ce qui sort.
D’ailleurs, nous voulions que cette campagne sorte avant les élections pour remettre la presse là où elle est: la presse est constitutive de notre pays.

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