Les prix des Assises du journalisme en défense de la presse libre et indépendante 

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Les Assises du journalisme ont remis jeudi soir leur prix. Mon livre Main Basse sur l’information a reçu le prix dans la catégorie « Journalisme ». On trouvera ci-dessous l’appel que j’ai lancé à cette occasion en faveur d’une grande loi progressiste en défense du droit de savoir des citoyens.
Les Assises du journalisme ont remis jeudi soir leur prix. Mon livre Main Basse sur l’information a reçu le prix dans la catégorie « Journalisme ». On trouvera ci-dessous l’appel que j’ai lancé à cette occasion en faveur d’une grande loi progressiste en défense du droit de savoir des citoyens.
A l’occasion de la 10e édition des Assises du Journalisme et de l’Information, qui se déroulent de jeudi à vendredi à Tours, l’association « Journalisme et citoyenneté » a remis jeudi soir cinq prix pour des enquêtes et des reportages publiés dans la presse ou en librairie. Des enquêtes ou des reportages qui ont pour point commun d’illustrer ce qu’est le journalisme libre et indépendant.
Comme on en trouvera le compte rendu sur le site Internet des Assises,  le prix « Enquête et reportage » a ainsi été remis àKaram Al-Masri et Rana Moussaoui pour leur reportage, publie par l’AFP « Couvrir Alep, la peur au ventre et le ventre vide » ; le prix « Recherche » à François Robinet pour son livre Silences et récits. Les médias français à l’épreuve des conflits africains (INA éditions, 2016) ; le prix spécial du jury à Claude Angeli et Pierre-Édouard Deldique pour leur livre Les plaisirs du journalisme (Fayard, 2016) ; et le grand prix du journalisme à Édouard Perrin (Premières Lignes, Cash Investigation) pour ses enquêtes sur les pratiques fiscales (LuxLeaks) et son travail en réseau avec le Consortium International des Journalismes et les lanceurs d’alerte des Panama Papers.
Pour ma part, j’ai reçu le prix « journalisme » pour mon livre Main basse sur l’information (Don Quichotte, 2016). Une récompense qui me fait naturellement plaisir car pendant de longs mois, quelques uns des plus grands médias ont fait le silence sur l’alarme que j’avais voulu lancer en écrivant ce livre, comme je l’avais raconté dans ce billet de blog: Défense de parler des oligarques dans la presse… des oligarques !
On trouvera ci-dessous la déclaration que j’ai faite quand ce prix m’a été remis :
« Je veux vous dire à tous, à vous qui êtes présents ce soir aux Assises du journalisme et aux membres du jury qui m’ont décerné ce prix, la gratitude que j’éprouve pour l’honneur que vous me faites.
Je vous le dis avec d’autant plus de sincérité que je sais que nous avons tous en partage des inquiétudes et des valeurs communes. Nous tous : ma consoeur Aude Lancelin et mon confrère Claude Angeli, dont les livres ont été également nominés. Vous tous : les journalistes qui participent à ces Assises. Et les citoyens qui, comme nous, sont attachés à la liberté de la presse
J’ai voulu, par ce livre, sonner l’alarme, alerter les citoyens sur la normalisation et la mise au pas sans précédent, aujourd’hui, de la presse. C’est d’abord une normalisation économique, par des milliardaires qui ont en commun de ne pas avoir la presse pour métier, de ne la voir que comme un commerce ou une agence de publicité. Et par suite, c’est sa normalisation éditoriale. Je pourrais citer la violence qui a été faite aux journalistes d’I-Télé, par exemple. Mais encore les censures qui ont été exercée à Canal+, ou les licenciements dont ont été victimes nos confrères, pour des motifs notoirement politiques. Plus généralement, cette normalisation et cette mise au pas de la presse sont le signe inquiétant de l’installation d’un écosystème mortifère, parce qu’il incite à l’autocensure.
Alors, dans le prix que vous m’avez attribué, je ne vois qu’une seule signification : c’est que j’ai eu raison de lancer cette alerte. C’est que mon inquiétude est aussi la vôtre. C’est que le combat pour l’indépendance et la liberté de la presse – qui est, vous le savez, l’un des combats de mon journal, Mediapart, depuis son lancement il y a aujourd’hui exactement neuf ans –, nous y sommes tous attachés, parce que nous savons que c’est une valeur fondatrice de la démocratie. Même si, certains élus, pis que cela même certains candidats à l’élection présidentielle malmènent certaines valeurs de la République, allant jusqu’à oublier qu’haïr la presse, c’est haïr la démocratie.
Aussi, en même temps que ma gratitude, je voudrais vous faire part de mon souhait: ce serait que ce prix soit utile. Qu’il contribue à faire avancer le débat qui chemine en faveur d’une grande réforme pour garantir le droit de savoir des citoyens. Une grande réforme pour revoir et durcir les critères anti-concentration ; pour doter les rédactions d’un statut juridique leur octroyant des droits moraux, et leur conférant la possibilité d’adouber le directeur de leur rédaction ou même de le révoquer. Une grande réforme pour favoriser l’émergence d’une presse nouvelle et indépendante. Une grande réforme, en somme, pour renouer avec l’esprit du programme du Conseil national de la Résistance. Quel était ce programme ? Ce n’était qu’une ligne de conduite et qu’une direction, mais quelle formidable ambition : rétablir la liberté de la presse,son honneur, et son indépendance vis-à-vis des puissances financières” ! 
C’est la première utilité que je vois à ce prix : promouvoir ensemble cette belle cause démocratique. De tout coeur, merci! »
https://blogs.mediapart.fr/laurent-mauduit/blog/160317/les-prix-des-assises-du-journalisme-en-defense-de-la-presse-libre-et-independante

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