Les Assises du journalisme imaginent l’information de demain

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Aude Carasco, le 17/03/2017

Pour leur 10e anniversaire, les Assises du journalisme, qui se termine ce vendredi 17 mars 2017 à Tours, ont planché sur la façon dont on informera et dont on s’informera d’ici à 2027.


Pour leur 10e anniversaire, les Assises du journalisme, qui se termine ce vendredi 17 mars 2017 à Tours, ont planché sur la façon dont on informera et dont on s’informera d’ici à 2027.
Dans une nouvelle écrite en 1889, Jules Vernes imaginait « la journée d’un journaliste américain en 2889 », ne se séparant pas de son « phonotéléphote », un téléphone portable transmettant des images animées personnalisées à chacun de ses abonnés.
À l’image de l’écrivain visionnaire, les Assises annuelles du journalisme ont convié des responsables de médias, journalistes et experts à débattre sur le thème « (s’) informer dans dix ans ».
Alors que les ventes s’érodent, que des titres de presse disparaissent ou s’étiolent, que les réseaux sociaux deviennent le premier mode d’accès à l’information, que l’essentiel des revenus publicitaires est capté par les plates-formes numériques et que le réflexe du kiosque se perd, comment l’information sera-t-elle produite et distribuée demain ?

Le papier n’a pas dit son dernier mot

« Imaginer les quotidiens dans dix ans relève de la science-fiction, prévient David Garzon, directeur adjoint à LibérationJe ne sais pas s’il y aura encore une diffusion papier, mais il faut que l’on retrouve du sens à ce que l’on fait, que l’on demande à quoi on sert. Quand on raconte des histoires, quand on prend le temps de le faire sur des formats longs, on rencontre le lecteur. »
« Il faut être utile et donner du plaisir, résume Pierre Vittu de Kerraoul, PDG de Sogemedia, spécialisée dans l’édition et la publication d’hebdomadaires locaux d’information. Dire que le papier est condamné est une énormité. Le problème de la presse, ce n’est pas le support, mais le contenu. Je demande à mes journalistes de produire moins, mais mieux. » Son groupe expérimente aussi un dispositif « pour que les kiosquiers puissent vendre des journaux personnalisés, à leur nom ».Pour retisser un lien avec le lecteur et enrayer la disparition de 1 000 marchands de journaux par an.
« La distribution, c’est le nerf de la guerre », rebonditFranck Annese, le directeur de la rédaction de Society. Il pense que la personnalisation est davantage « envisageable sur le net », tout en se demandant « si c’est souhaitable ». Sans trancher non plus sur la fin des journaux imprimés, qu’annonçaient de nombreuses études au tournant des années 2010, Cyril Petit, rédacteur en chef central du Journal du dimanche, affirme que « pourraconter et mettre en scène des histoires par écrit, on n’a pas trouvé mieux que le support papier ».

Nouveaux capteurs et nouvelles images

« Il faut arrêter avec le mythe du média qui remplace l’autre, estime Ludovic Blecher, directeur du Fonds Google pour l’Innovation numérique de la presse. Le rôle du journaliste est d’apporter du sens et du contexte mais ses capteurs sont cassés. La technologie peut lui permette de retrouver ces capteurs, en faisant parler les chiffres à partir des datas (données numériques), en créant de nouvelles formes d’interaction avec le public, via l’immersif (réalité virtuelle et augmentée) »,qui plonge la personne au cœur de l’action.
« Notre expérience de l’image se modifie. Désormais, on peut être dans l’image. L’image en 3D sans lunette de réalité virtuelle, c’est dans 2 à 3 ans », estime Bruno Patino, directeur éditorial d’Arte, réfléchissant sur l’avenir de la télévision.
« On est à l’aube d’un nouveau média, en immersion sur un terrain de guerre ou un camp de réfugié, dans un stade, projeté dans une autre époque, voire dans un autre individu, renchérit Éric Scherer, directeur de la prospective à France Télévisions. Il est probable que l’on regarde demain un match de rugby qui se joue en temps réels sur notre table basse avec des joueurs qui sont des avatars… ». L’intelligence artificielle sera aussi, selon lui, dans la programmation et les box des opérateurs pour « nous aider à trouver le bon contenu » dans la masse des offres.

Les nouveaux métiers des journalistes

Un débat avec le public, dont de nombreux étudiants en journalisme, s’est engagé autour des « robots », ces algorithmes qui rédigeraient à la place des journalistes des articles factuels ou aideront à vérifier les informations. « Cela permettra aux journalistes de se concentrer sur ce qui fait la valeur ajoutée du métier : le terrain, l’enquête, la vérification, le débat avec le public », assure Laurent Guimier, directeur de France Info.
D’autant qu’il devra davantage travailler avec des non-journalistes. « Le smartphone permet de démultiplier les correspondants locaux pour avoir des sites plus riches, alimentés de vidéos en direct », estime Francis Morel, PDG des groupes Les Échos et Le Parisien-Aujourd’hui« Il devra aussi se former à d’autres compétences, estime Bruno Patino.Raconter une histoire deviendra un projet collectif, incluant des spécialistes du codage ou de la data, avec lesquels il faudra apprendre à parler. »
Lors des Assises, les journalistes ont aussi été invités à s’impliquer davantage dans l’éducation aux médias, « devenue, selon Éric Scherer, une incroyable nécessité » à l’heure des « fake news ». Ils sont aussi de moins en moins nombreux : 2 000 ont quitté la profession ces sept dernières années, estime le sociologue Jean-Marie Charon dans son Baromètre social, présenté jeudi 16 mars. La durée de la carrière s’est aussi « formidablement réduite », puisqu’elle « dure en moyenne 15 ans »…
Aude Carasco
http://www.la-croix.com/Culture/Les-Assises-journalisme-imaginent-linformation-demain-2017-03-17-1200832718

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