GOUVERNEMENT BRUNO TSHIBALA : MAJORITÉ ET OPPOSITION RÉAGISSENT À CHAUD

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Au lendemain de la publication du gouvernement Tshibala, les acteurs politiques donnent leur réaction par rapport à sa composition et même à ses objectifs. Dans la Majorité présidentielle, on soutient mordicus parvenir avec ce gouvernement à organiser les élections et même sécuriser l’ensemble du territoire national. De son côté, le Rassemblement réaffirme sa position et ne se sent pas concerné par ce gouvernement. Pour l’Opposition, le fondamental reste le respect de la Constitution et la tenue d’élections conformément à l’Accord de la Saint-Sylvestre et à la résolution du Conseil de sécurité de l’ONU. Ci-après des réactions des cadres de la Majorité et de l’Opposition.

 

Le sénateur Jacques Ndjoli (Opposition)

C’est un gouvernement qui a les mêmes tares que celui de Samy Badibanga. A l’absence d’inclusivité, le gouvernement Bruno Tshibala ne pourrait pas être efficace. Dans le contexte politique congolais aujourd’hui, seule l’inclusivité peut fonder l’efficacité d’un gouvernement face aux défis de l’heure. On ne peut pas signer un accord avec quelques groupes et prétendre résoudre les problèmes qui se posent dans le pays. Ce gouvernement ne va pas nous aider à avancer.

L’organisation d’élections requiert non seulement des ressources financières importantes mais aussi la participation de toutes les parties prenantes pour espérer un processus apaisé. Sur le plan économique, la situation est catastrophique justement à cause du désordre politique. Or, le gouvernement actuel ne résout pas la crise politique. Au contraire, il l’aggrave. Nous avons peur. Le taux de change du franc congolais ne fait que se déprécier entraînant la dégradation du pouvoir d’achat des Congolais.

Au plan sécuritaire, je doute que dans ce gouvernement qu’il y ait des gens qui ont suffisamment de ressources pour régler l’insécurité dans la partie Est et au centre du pays.

Ce gouvernement n’est qu’une petite ouverture aux dissidents du Rassemblement. Il ne va pas résoudre le problème. Il faut que la Majorité présidentielle et le Rassemblement/Limete se rencontrent. On ne va pas avancer en dehors de l’Accord du 31 décembre 2016

Le député national, Lutundula (Rassemblement)

Nous réaffirmons notre position. Nous ne sommes pas concernés par ce gouvernement mis en place en dehors de l’Accord du 31 décembre 2016 et nommé par un pouvoir illégitime. Nous considérons que le problème qui se pose n’est pas celui de postes ministériels comme l’a toujours allégué la Majorité présidentielle.  Le problème fondamental est celui du respect de la Constitution, de l’organisation des élections crédibles, transparentes, démocratiques auxquelles tous les partis politiques et tous les acteurs politiques participent. C’est cela le problème fondamental. Tout le reste, c’est du bricolage, de la distraction pour gagner le temps et repousser les élections à plus tard. L’autre problème fondamental, c’est la décrispation du climat politique de manière à ce que tous les acteurs et tous les partis politiques puissent s’exprimer librement sans peur d’être arrêté, sans intimidation. Il y a aussi le calendrier électoral. Le jour où la CENI va publier le calendrier électoral, c’est le jour que nous saurons quand nous irons aux élections. Nous verrons si un camp ne va pas bloquer et si tout le monde peut être autorisé à participer à ces scrutins.

Seul l’Accord du 31 décembre 2016 et la résolution 2348 remplissent toutes ces conditions. Et donc, en dehors de la mise en œuvre intégrale de l’Accord, il n’y a pas de salut. Le président Kabila peut nommer autant de premiers ministres qu’il voudra, Mobutu a nommé 8 premiers ministres et un commissaire d’Etat, cela ne résoudra pas la crise.

 

Le professeur Kalele Kabila (Rassemblement)

C’est un gouvernement pour rien. Il entre dans la logique de diriger par défi. Il ne respecte pas ce que nous avons convenu dans l’Accord, ni dans l’arrangement particulier. Je ne vois pas ce gouvernement sortir le pays du marasme, de la misère. Je ne le vois pas non plus mettre fin à l’insécurité. Je ne crois pas que ce gouvernement va organiser les élections conformément à l’Accord. Il faut rêver pour nourrir de telles attentes. A la fin de l’année 2016, les élections n’ont pas été tenues. Il y a une volonté délibérée de  ne pas organiser ces élections. Nous sommes en face d’une dictature avec des dirigeants illégitimes. Le théâtre auquel on assiste aujourd’hui sur les opérations d’enrôlement des électeurs, c’est pour tromper les esprits faibles. Le régime en place ne veut plus d’élections.

Alain Atundu (MP)

La publication de ce gouvernement vient couronner la détermination du président de la République à normaliser la vie politique par le processus de dialogue. Avec ce gouvernement, la République démocratique du Congo est résolument engagée dans la voie des élections. Nous sommes vraiment pour la tenue des élections qui puissent aboutir à l’alternance démocratique.

Bon, par rapport aux critiques sur l’inclusivité… Ecoutez, les négociations ont été faites par toutes les composantes. Chaque camp était libre de proposer ses membres qui devaient faire partir du gouvernement Tshibala. Chez nous à la Majorité présidentielle, nous avons jugé bon de reconduire nos membres. Cela ne pose aucun problème. Pour nous, ce gouvernement est inclusif parce que toutes les parties prenantes au dialogue en font partie. Même si certaines composantes ont des problèmes en leur sein mais toutes les parties prenantes ont signé l’arrangement particulier sur base duquel le gouvernement Tshibala a été mis en place.

Dès lors, si une partie de l’opposition décide de ne pas participer aux élections, cela n’entame en rien la crédibilité du processus. Les élections, c’est un devoir qu’on exerce ou qu’on n’exerce pas. Toutefois, le processus électoral continue normalement avec les opérations d’enrôlement des électeurs. La tâche qui incombe au gouvernement c’est d’accompagner la Commission électorale nationale indépendante en lui donnant les ressources financières nécessaires et en créant des conditions sécuritaires pour des élections apaisées.

Honorable Lokondo (MP) : « Tout change mais rien ne change »

Le gouvernement Tshibala, c’est le changement dans la continuité. Avec ce gouvernement, rien de fondamental ne va changer. Car la politique du gouvernement actuel sera pratiquement celle de Samy Badibanga. L’essentiel des ministres de l’ancien gouvernement a été reconduit. Je me demande même quel sera le programme que le Premier ministre va venir défendre devant l’Assemblée nationale. Ça sera son programme à lui ou celui de Samy Badibanga. Le programme du gouvernement est préparé par l’ensemble des ministères qui le composent. Ce sont les mêmes ministres que l’ancien gouvernement. Dès lors, je ne vois pas comment le Premier ministre aura un autre programme que celui qui sera dicté par les matières que les ministres vont lui donner.

J’ai toujours dit que si les amis du Rassemblement/Limete ne sont pas impliqués, on tournera en rond. Je pense à l’Accord du 31 décembre 2016 et à la résolution 2348 du Conseil de sécurité. Il faut fournir encore un effort de consensus. Le titre du journal l’Avenir de mardi matin a été interpellateur. Ce journal, qui est d’obédience de la Majorité présidentielle, a titré « Le gouvernement Tshibala 1 ». Donc, ce gouvernement sent un peu un goût d’inachevé.

Nous sommes dans un monde interconnecté. Tout se mondialise. Peut-on parler de souveraineté sans parler de coopération ? Cela ne veut rien dire. La situation économique de la RDC est préoccupante. Comment va-t-on fait si on ne reprend pas le programme avec le Fonds monétaire international. Nos richesses sont dormantes. Elles sont enfuies dans le sol. Donc, nous ne pouvons pas ne pas coopérer avec le monde. Bref, pour le gouvernement Tshibala, je dis : « Tout change mais rien de change ».

Me Yoko Ya Kembe (MP)

Je ne pense pas qu’il y ait une impasse politique. Le gouvernement de Bruno Tshibala vient d’être publié et il faut le connaître. Nous lui souhaitons bonne chance en lui apportant toute la contribution de la disponibilité de notre population pour qu’il réussisse sa courte mission qui est double : d’abord, s’atteler principalement à l’organisation des élections et s’occuper de la restauration de la paix au centre du pays, notamment dans l’espace kasaïen et, enfin, il doit organiser le macroéconomique du pays pour aider la population congolaise à mieux vivre. Pour y arriver, il faut un budget. J’espère que le Parlement va doter le gouvernement d’un budget afin de disposer de moyens nécessaires à accomplir sa mission.

Déclaration du Dr Noël K. Tshiani Muadiamvita 

J’ai suivi la promulgation du gouvernement Bruno Tshibala. Je connais Bruno Tshibala depuis des décennies. Nous avons grandi ensemble et je le considère comme un frère et un ami. Je sais qu’il est un homme intègre qui a la volonté de contribuer au développement de notre pays, la République démocratique du Congo.

 

Je ne retrouve pas la main de Bruno Tshibala dans la composition de ce gouvernement qui a été publié. Ce gouvernement est une grosse déception pour plusieurs raisons car il est totalement en violation de l’accord du 31 décembre 2016 qui devait lui donner son assise juridique. Le nombre éléphantesque de membres du gouvernement dans un environnement budgétaire difficile ne se justifie pas. Quant au choix des hommes et femmes, il est clair que le gouvernement Tshibala est exactement le même que celui issu des accords du 18 octobre 2016 avec quelques petites permutations et quelques débauchages qui ne lui donnent pas du tout l’exclusivité nécessaire pendant cette période devant nous conduire aux élections. La présence dans ce gouvernement de mêmes caciques de la Majorité présidentielle qui sont à blâmer pour l’organisation du glissement et la violation de la constitution, enlève toute crédibilité à ce gouvernement car ces gens ne peuvent pas devenir soudainement des personnes intègres pour conduire le peuple congolais aux élections libres, transparentes et démocratiques. Tout est donc à refaire dans le cadre de l’accord du 31 décembre 2016 si on doit avoir des élections apaisées et crédibles.

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