Bemiray – « Pour que la mer ne soit plus la limite de notre rizière »

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Quelle partie choisir du long article consacré aux évènements de Mai 72 par Richard Claude Ratovonarivo, paru dans son magazine « Réalités Malgaches » et repris dans son deuxième titre Mada de juillet 2007   Celle-ci peut-être, mais avec quelque part le sentiment coupable d’estropier un moment fort de l’Histoire nationale …

Lu pour vous – Quarante cinq ans déjà, le 13 Mai 72…

Dans la nuit, le directeur d’Air Madagascar est réveillé par un coup de fil du ministère de l’Intérieur : sur ordre du gouvernement, une partie de la flotte aérienne civile est réquisitionnée pour une mission spéciale. Sans savoir exactement de quoi il retourne, on se doute bien à Air Madagascar que les voyageurs seront d’un genre particulier.
Dans la ville, au petit matin, la nouvelle des arrestations s’est déjà répandue, confirmée d’ailleurs par les premiers bulletins d’information de Radio Madagascar. Le communiqué du ministre de l’Intérieur, Barthélémy Johasy, est sans mystère : les cerveaux de la grève sont neutralisés, les meneurs seront livrés en temps opportun à la Justice pour répondre de leurs crimes. La suite du communiqué coule de source : « La grève étant terminée et l’ordre rétabli, les cours pourront reprendre dès lundi en province, et à une date qui sera précisée ultérieurement dans les établissements d’Antananarivo ».
Cette mesure d’autorité n’aura cependant pas sur les grévistes, l’effet qu’escomptait le ministre Johasy. Dès 8 heures du matin, par groupes compacts, des lycéens, des étudiants, des travailleurs, se dirigent vers l’Avenue de l’Indépendance. C’est un mouvement spontané. Les mots d’ordre donnés la veille fixaient le rendez-vous à 14 heures. La colère gronde. La nouvelle des arrestations et le communiqué diffusé à la radio ont servi d’agent recruteur. Puisque le campus est fermé, on va tout naturellement vers l’Avenue de l’Indépendance. Les forces de l’ordre sont d’ailleurs au rendez-vous. À 10 heures, ils seront quelques milliers de manifestants rassemblés devant l’Hôtel de Ville. Les gendarmes casqués ont pris position en travers de l’avenue, face aux locaux d’Air Madagascar. Les FRS (ndlr : Forces républicaines de sécurité) occupent la cour intérieure de l’Hôtel de Ville. On sent qu’il va se passer quelque chose. Du côté des manifestants comme du côté des forces de l’ordre, on a du mal à cacher une certaine nervosité. Les grévistes décident d’occuper la place jusqu’à l’heure fixée du grand meeting étudiants-travailleurs.
C’est peu après 10 heures que tout commence. Les manifestants s’en prennent à un car de police et le renversent. Les FRS les invitent à se disperser, mais sans succès. À 10h15, ils reçoivent l’ordre d’utiliser les gaz lacrymogènes. En hâte, les manifestants confectionnent des masques de tissu humide pour se protéger. Les premières grenades éclatent à 10h45. Le signal de la violence est donné.

Le général Ramanantsoa et une partie de son gouvernement constitué d’hommes en uniforme et de techniciens civils.

Le général Ramanantsoa et une partie de son gouvernement constitué d’hommes en uniforme et de techniciens civils.

Le car de police, renversé trois quart d’heure plus tôt, est incendié. Les manifestants mettent également le feu au podium du rallye Agip, mais la foule dans son ensemble reste étonnamment calme. Vers 11 heures, les FRS sont lâchés. Ils ne se contentent plus de balancer des grenades lacrymogènes, cette fois ils tirent. Des rafales de mitraillettes crépitent, c’est la tuerie. Des dizaines de manifestants restent couchés au sol. Des vitrines de magasins bordant l’avenue s’effondrent. Des cocktails Molotov lancés par des manifestants explosent dans les jambes des FRS. Des morts, des blessés, beaucoup de sang. Certains magasins sont transformés en infirmeries de fortune. Des ambulances arrivent. Des voitures particulières sont réquisitionnées pour transporter les blessés vers les hôpitaux. La foule entonne l’hymne national. Les gendarmes, toujours déployés en travers de l’avenue, n’ont pas bougé.
Pendant toute la matinée, en l’absence du président Tsiranana en cure à Ranomafana, Victor Miadana, ministre des Finances, préside un Conseil de cabinet qui décide la création d’une Commission technique d’étude permanente de 72 membres, destinée à se pencher sur les problèmes de l’enseignement. Sur l’avenue, les violences continuent. On ramasse les blessés et les morts. Les policiers procèdent à de nouvelles arrestations. Des manifestants arrachent les pancartes Place Philibert Tsiranana  devant l’Hôtel de Ville, et donnent au lieu un nouveau nom de baptême : Place du 13 Mai…
Les victimes de la fusillade affluent à l’hôpital Befelatanana et à Girard et Robic. À Befelatanana, vers 13 heures, des FRS paniqués ouvrent le feu sur les personnes stationnées devant le service des urgences. Vers 17 heures, un incendie se déclare dans les locaux abritant l’atelier de composition et les bureaux du quotidien Le Courrier de Madagascar. En cinq minutes, l’immeuble entier est la proie des flammes. Les rotatives et le groupe technique de fabrication des plaques offset, situés dans un immeuble voisin, sont épargnés. L’incendie se propage à trois pavillons du marché du Zoma. Deux camions-citernes de pompiers qui se rendent sur les lieux du sinistre sont interceptés par les manifestants, et incendiés. Malgré le couvre-feu, de nombreux tirs seront entendus dans la nuit dans le secteur d’Isotry.
Dimanche matin 14 mai, les touristes, appareils-photo en bandoulière ou cam    éras au poing, sont nombreux sur l’Avenue de l’Indépendance et devant Le Courrier de Madagascar. On filme les carcasses des voitures calcinées et les murs encore fumants. Cette demi-trêve ne prépare que mieux la journée de grève générale prévue pour le lendemain.

Le 5 juin 2015, le secrétaire général sortant de l’OIF, le Sénégalais Abdou Diouf, passe le flambeau à la Canadienne Michaelle Jean.

Le 5 juin 2015, le secrétaire général sortant de l’OIF, le Sénégalais Abdou Diouf, passe le flambeau à la Canadienne Michaelle Jean.

Francophonie – Une belle bêtise made in France

Francophonie, que de fenêtres as-tu ouvertes, que d’espoirs as-tu suscités chez une certaine élite, du temps où tu étais encore toi-même, c’est-à-dire culturelle ! Nous nous sentons aussi libres à l’intérieur du français que dans nos langues maternelles, affirmait Senghor, puisque la liberté se mesure à la puissance de l’outil. Pour le Mauricien Raymond Chasle, il ne s’agit surtout pas de laisser le français « intact », mais de se l’approprier. Le Zaïrois Mukala Kadima-Nzuji le rejoint, lui pour qui la plus grande leçon que donne l’écrivain africain de langue française est de faire du français, langue de l’ancien maître, le lieu d’assomption de sa propre identité. Et bien avant eux, une des dernières pensées de Rabearivelo, dans ses tous derniers moments, n’a-t-elle pas été « pour les livres de Baudelaire que j’ai dans l’autre chambre »   Fin de parcours pour celui qui n’avait que le français pour s’affirmer envers et contre les humiliations que lui faisait subir  au quotidien l’administration… française.
Francophonie, qu’es-tu aujourd’hui devenue, sinon une coquille dévoyée par les intérêts
politiciens et affairistes, s’abritant derrière ton nom   Même la France cherche désormais ses intérêts là où ils sont, cédant sans s’en rendre compte à ce que la Québécoise Michèle Lalonde dénonçait dans son poème-cri de colère intitulé « Speak White ». Certains anglophones conseillaient naguère aux Québécois de parler « une langue civilisée », et non point leur « français de Nègres blancs ». Voulant à tout prix obtenir l’organisation des Jeux Olympiques de 2024, Paris a en effet choisi un slogan… en anglais, « Made for sharing », qui a laissé de marbre la presse anglo-américaine. Au pays du baron Pierre de Coubertin, on ne sait plus trop s’il faut en rire ou en pleurer.
L’argument du comité parisien est « qu’on ne peut vendre Paris au CIO qu’en anglais », quand bien même le français figure parmi les langues officielles de ce même CIO. Selon le journal montréalais « Le Devoir », Paris fait ainsi la propagande de l’universalisme de l’anglais, alors qu’au travers du Brexit et de l’élection de Donald Trump, Britanniques et Américains se mettent nettement en retrait d’un quelconque rôle de pays-phares de l’internationalisme. Le même journal parle, même s’ils s’en défendent, d’une fascination persistante des Français pour l’anglais. Une tentation de singer la modernité incarnée par le monde anglo-saxon, qui se trahit par un abus d’anglicismes  et de modes anglophiles.
Défendre une langue ne consiste pas à rejeter les autres, mais à user du privilège de se dire dans celle-ci. Michaelle Jean aura beau jurer que la Francophonie n’est pas la France, il appartient en premier lieu à ce pays de défendre la langue que chantait si bien Yves Duteil. Pendant ce temps, Air France prend de l’altitude à défaut de hauteur, avec son slogan « France is in the air ». Pour les informations sur l’application mobile de la compagnie et voyager, semble-t-il, le cœur léger…

Un mémorial est érigé à la mémoire des victimes de l’attentat à la bombe à Bali,  en Indonésie, en 2002.

Un mémorial est érigé à la mémoire des victimes de l’attentat à la bombe à Bali,
en Indonésie, en 2002.

Islamisme – Fascinée par le djihad

Djakarta. La jeune femme s’appelle Dian Yulia Novi, un joli nom, et elle vient d’être arrêtée par la brigade anti-terroriste indonésienne alors qu’elle s’apprêtait à commettre un attentat. Deux journalistes sont exceptionnellement autorisés à s’entretenir avec elle, à la seule condition de ne pas dévoiler leur véritable identité.
Dian est étonnamment calme quand elle parle du djihad et des « amaliyah », ces actes considérés comme méritoires selon une certaine interprétation du Coran. Pourquoi couper des mains, pourquoi tuer   Pendant des mois, elle s’y est opposée, jusqu’à ce qu’on lui dise un jour : « Petite sœur, si tu te faisais violer, si des membres de ta famille se faisaient violer, que ferais-tu   Tu serais en colère n’est-ce pas ?  » Mais les médias écrivent qu’on n’a pas le droit de faire ceci ou cela ! « Petite sœur, sur quels médias cherches-tu   Des médias musulmans ou des médias laïcs ?  »
C’est durant son séjour à Taïwan que Dian cherche profondément à comprendre le sens de la violence, du djihad. Pourquoi tuer, poser des bombes, n’y a-t-il pas d’autres solutions   Plus le temps passe, et plus la conviction prend forme. « Quand la voie s’est présentée, inch’Allah j’étais prête. » Elle prend contact avec Bahrun Naim, qui a rallié Daech en Syrie depuis 2014, d’abord par l’intermédiaire de son mari, puis directement. Il l’informe qu’une  mission-suicide lui est assignée, mais ne lui fournit même pas le moindre plan : « Ne t’occupe pas de cela. Une équipe fera les repérages, il suffit que tu connaisses ta mission. » Elle doit frapper la garde présidentielle pendant l’entraînement, sans même connaître au préalable le maniement de sa ceinture d’explosifs : « Ton mari te l’expliquera sur le chemin de la cible. » Mais croit-elle réellement que cet acte méritoire lui aurait ouvert la porte du paradis   « C’est l’affaire d’Allah. L’important, c’est  que je fasse tout pour le gagner, çà suffit. »

Dian Yulia Novi illustre les femmes djihadistes partisanes de la violence extrême.

Dian Yulia Novi illustre les femmes djihadistes partisanes de la violence extrême.

Quelque part en Allemagne. Hamed Abdel-Samad est fils d’imam, et il est chaque jour en danger de mort. Dans un essai virulent qu’aucun éditeur français n’a pris le risque de publier trois ans après sa sortie en Allemagne, il établit un parallèle entre l’Islam et le fascisme. Il y a une intolérance originelle dans cette religion, dit-il, et « l’islamisme n’est rien d’autre que l’accomplissement du dessein politique de l’Islam, lequel est né politique ». Car Mahomet n’était pas seulement un prophète, il était aussi monarque, commandant des Armées, ministre des Finances, législateur garant de l’ordre public. « Il a réussi à concentrer le monopole de la violence. Aussi longtemps qu’il n’y aura pas de séparation claire entre la religion et l’État, il n’existera pas de différence marquée entre l’islam et l’islamisme. » Une affirmation bien aventureuse, proche du blasphème, dont Hamed Abdel-Samad prend l’entière responsabilité, à ses risques et périls. Devant le sempiternel problème juif, il cite un « hadith » de Mahomet que ne renierait pas le Führer, et qui figure dans la Charte du Hamas palestinien : « L’heure ne se lèvera pas avant que les Musulmans ne combattent les Juifs, au point que le Juif se cachera derrière les rochers et les arbres. Les rochers et les arbres diront alors : O, Musulman, voici derrière moi un Juif, viens le tuer. » Et de révéler qu’il existerait vingt-cinq ordres de tuer dans le Coran : il est extrêmement rare pour une religion de glorifier autant la mort.
L’islam modéré   Selon Hamed Abdel-Samad, il existe plutôt des musulmans modérés car dans l’Islam, il y a toujours un dessein politique légitimé. À preuve, il ne reste plus grand-chose des promesses d’Erdogan quand, arrivé au pouvoir il y a douze ans, l’homme fort de Turquie parlait de sécularisme, de démocratie et de liberté. Pointant la somme d’ambiguïtés qu’il a décelées, son livre paru l’automne dernier s’intitule « Le Coran, message d’amour, message de haine ». Un ouvrage introuvable dans beaucoup de pays européens.

xLaza et le metteur en scène Raymond Rajaonarivelo, considéré comme le parrain à vie des RFC.

Laza et le metteur en scène Raymond Rajaonarivelo, considéré comme le parrain à vie des RFC.

Rétro pêle-mêle

Les IIIe Rencontres du film court de 2008 sont un succès avec plus de 150 réalisations projetées dans différents établissements, et même lors de séances à ciel ouvert. La présence active des pays voisins est à souligner, leur donnant une dimension inconnue lors des deux premières éditions. On citera La Réunion bien sûr, mais aussi le Swaziland, le Mozambique, et l’Afrique du Sud. La délégation de ce pays est composée de professionnels bien rodés dans le domaine de la réalisation et de l’organisation de festivals. Quant à RFI, elle est représentée par Catherine Ruelle, une de ses spécialistes du septième art.
Ces participations étrangères viennent étoffer les rencontres malgacho-malgaches, axées sur la pauvreté du patrimoine cinématographique national. Les archives nationales et Cinémédia ont, par exemple, perdu toute trace de certaines œuvres, alors que la production commerciale se situe loin des normes qualitatives requises, tout en ayant quand même le mérite d’exister. On ne s’étonnera pas que la conservation soit au milieu des préoccupations avec ses étapes incontournables que sont la collecte, l’identification, la restauration et le classement. Un travail de bénédictin qui ne pourra  qu’être facilité par la technologie numérique.
Le succès des IIIe Rencontres du film court est à mettre sur le compte de nombreuses personnes et institutions de différents horizons : Laza, bien sûr, un jeune réalisateur maîtrisant bien la philosophie et la technique du cinéma et qui, depuis son retour au pays, s’est totalement consacré à sa passion. Le Centre culturel Albert Camus toujours partant quand il s’agit de l’accompagnement et de l’épanouissement de toutes les formes d’art. On citera spécialement Bérénice Gulmann, directrice du Centre, et Reidun Montaville, coordinatrice. L’association IRIS bien épaulée par Laza, sans oublier le ministère de la Culture et la mairie d’Antananarivo. La jeunesse malgache, pour sa part, a été omniprésente, consciente que la formation spécifique en matière d’art du cinéma fait défaut au pays.

http://www.lexpressmada.com/blog/magazine/bemiray-pour-que-la-mer-ne-soit-plus-la-limite-de-notre-riziere-35/

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