DRAME DU KASAÏ : BILAN ACCABLANT DE L’EGLISE CATHOLIQUE

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La tragédie du Grand Kasaï commence à livrer ses secrets. Après les révélations de deux experts de l’ONU, livrées en mars 2017 à quelques médias internationaux sur l’existence des fosses communes, l’Eglise catholique, plus précisément, la nonciature apostolique en République démocratique du Congo, livre aussi ses preuves accablantes des exactions commises dans l’espace Kasaï.

Dans une note technique, datée du 19 juin 2017, la représentation du Saint-Siège en République démocratique du Congo révèle, sur base de ses propres investigations, l’ampleur des violences et dégâts tant sur les institutions ecclésiastiques que sur les populations civiles de cinq provinces du Kasaï. Les chiffres avancés par la nonciature attestent que le peuple kasaïen et l’Eglise catholiques ont payé un lourd tribut dans de l’insécurité créée à la suite du phénomène Kamuina Nsapu. 

Depuis octobre 2016, la nonciature apostolique note avoir recensé 3 383 décès « signalés ». Cependant, ce chiffre, comme tous les autres livrés dans ce document, n’est pas exhaustif, précise la note technique. Un autre chiffre accablant signalé par la nonciature est l’existence de 30 fosses communes. Les enquêtes permettront d’établir si les fosses communes signalées par l’Eglise viennent en plus ou chevauchent sur les 42 signalées par les Nations unies.

Le rapport de l’Eglise catholique signale aussi que 20 villages ont été « complétement détruits » dont 10 par les Forces armées de la République démocratique du Congo, 4 par les miliciens et 6 par des inconnus. Une accusation directe que l’armée nationale n’a pas encore commentée jusque-là. 

Les dommages causés à l’Eglise ont globalement affecté 4 circonscriptions ecclésiastiques (Kananga, Mbuji-Mayi, Luiza, Luebo). A ce jour, l’Eglise dénombre 60 paroisses  endommagées ou fermées ; 141 écoles endommagées ou fermées ; 34 maisons religieuses endommagées ou fermées, 5 séminaires endommagés ou fermés.

Ces révélations de la nonciature apostolique interviennent au moment où le Haut-commissariat des droits de l’Homme de l’ONU prépare une résolution pour une enquête internationale sur les tueries du Grand Kasaï. Kinshasa refuse jusque-là toute enquête indépendante sur ces massacres y compris le double meurtre de deux experts onusiens. La France a souhaité, ce mardi 20 juin, une résolution « robuste » sur les violences dans les Kasaï, à l’issue de la 35ème session des droits de l’Homme.

Pour le gouvernement français, certaines violences dans les Kasaï pourraient constituer des crimes de guerre. Dans le débat interactif pendant la session, la France a rappelé la responsabilité première des autorités pour le respect des droits de l’Homme et la protection des populations. Cette position française se conforte par leur insistance de voir « robuste » la résolution qui sera adoptée à cette session du Conseil de sécurité autorisant l’envoi d’une enquête internationale pour faire toute la lumière sur les violations graves, notamment sur l’existence de plus de 40 fosses communes.

C’est en principe ce jeudi que le Conseil des droits de l’Homme de l’Onu devra voter la résolution sur la RDC. A l’évidence, l’accumulation des preuves accablantes pourrait pousser Kinshasa à fléchir sa position afin de donner l’occasion à une enquête indépendante sur ce qu’il convient désormais d’appeler « la tragédie du Kasaï ».

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