17/01/2007-Maroc/Pics de consommation d’électricité:Comment l’ONE fait face

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Le nouveau record de consommation sur le réseau national de transport d’électricité a été enregistré le 26 décembre 2006. Il fait suite essentiellement à la vague de froid qui a sévi sur l’ensemble du pays. Un pic de consommation, entre 19 heures et 20 heures, qui a atteint 3.760 MW, en hausse de plus de 11,2% par rapport à la même journée, une année plus tôt. La répartition de la consommation des clients directs de l’Office national de l’électricité (ONE), hors régies, durant les 11 premiers mois de ces trois dernières années (2004-2006) place le segment résidentiel en deuxième position, avec 2,40 millions MW en 2006, derrière l’industrie (4,36 millions MW). Pour autant, faut-il imputer à ce seul segment cette pointe de la consommation d’électricité? Difficile de dire avec précision.
En 2004, la consommation totale du segment résidentiel a atteint 1,859 million de MW pour monter, une année plus tard, à 2,105 millions de MW. Pendant ce même temps, les autres secteurs ont connu des croissances importantes de consommation. L’agriculture est passée de plus de 894.000 MW en 2004 à 1,05 million de MW l’année suivante. Difficile d’évaluer l’incidence de ces pics sur les factures de consommation. Les tarifs sont fixés par arrêté ministériel ainsi que la redevance de consommation qui répond à des critères de tranches horaires. Il existe un tarif vert dédié au secteur agricole.
Faute de politique en amont visant à diversifier les sources d’énergie, servant à chauffer les habitations, la courbe de consommation électrique et celle des températures restent intimement liées, générant des pics de consommation en période de grand froid. Ce qui n’est pas le cas pendant la période de grosses chaleurs, du fait que les Marocains choisissent de «vivre» dehors. D’ailleurs, le marché des climatiseurs pour usage domestique reste très faible. Seuls les appareils à double usage y ont la cote. Les autres appareils, aux normes douteuses, participeraient plus au gaspillage de l’énergie électrique qu’à chauffer.
Le constat de l’ONE est sans équivoque. «Les rendements du chauffage électrique sont extrêmement faibles et son fonctionnement quotidien coûteux pour les foyers les plus modestes». Ce qui n’a pas empêché l’Office de réussir à imposer le tout électrique, en dehors de toute rationalité énergétique, depuis quelques années. C’est en ce sens d’ailleurs que son DG, Younes Maamar, parle de nouvelle stratégie basée sur une vision plaçant «l’énergie au rendez-vous du développement visant à assurer l’équilibre entre l’offre et la demande».
Le Maroc a globalement résolu ses difficultés liées au déficit électrique chronique dans les années 90. En recourant à la production indépendante, avec la centrale de Jorf Lasfar, et en mettant en place des interconnexions avec l’Espagne et l’Algérie. En plus de l’accord conclu avec l’Algérie en 1995 pour la mise à disposition d’une puissance de 50 MW avec des fournitures de 500 GWh sur deux ans. L’interconnexion au réseau européen d’électricité depuis 1997 via un câble sous-marin de 700 MW a permis également au Royaume de faire face à la demande croissante de consommation électrique.

· Surdimentionner la production

Contrairement aux pays européens tempérés, le chauffage résidentiel au Maroc reste encore une affaire des privilégiés. Si les pics de consommation, limités à quelques heures par an, forcent certains pays européens à surdimensionner le réseau électrique, engendrant surcoût et recours massif aux autres énergies comme le fioul et le charbon pour répondre à la demande, au Maroc la situation est autre. Le surdimensionnement des capacités de production, qui «n’engendre aucun surcoût de compensation pour le consommateur», grève considérablement la rentabilité de l’Office.Alors que les périodes de grands froids génèrent systématiquement une augmentation conséquente des consommations électriques, créant simultanément un risque de black-out, l’ONE est en train de finaliser une stratégie de sensibilisation à destination des industriels et du grand public, incitant les consommateurs à reporter de quelques heures certains usages non essentiels.
Ne faudrait-il pas mettre l’accent sur le choix des appareils de chauffage ou matériaux de construction? En tout cas, du fait de l’inexistence d’un réseau de distribution destiné au chauffage résidentiel, à l’image de celui de l’électricité, le contrôle de la consommation s’avère impossible.


Les industriels pas rassurés

Selon un rapport 2002 de la Banque mondiale sur l’énergie, «pour faire face à cette demande, l’ONE devrait installer, dans les 20 prochaines années, 6.000 MW de puissance additionnelle». Pour cela, la part de la production privée devait dépasser 75% en 2004 après le démarrage du cycle combiné à gaz de Tahaddart (385 MW). Cette centrale, concédée à un consortium associant, entre autres, l’ONE (48%) et Endesa (32 %), peine à rassurer les industriels surtout.

Bachir THIAM

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