1988-2008 : Cardinal Gantin :  » Rien ne pouvait être aussi heureux, aussi opportun… « 

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" Rien ne pouvait être aussi heureux, aussi opportun que le choix de son évêque, l’île Maurice entrant solennellement dans le collège des cardinaux, le sacré collège ", déclarait le Cardinal Bernardin Gantin, récemment disparu, au mois de juin 1988, à Rome, à nos compatriotes Marie-Lourdes et Claude Fanchette, qui s’étaient rendus, avec d’autres Mauriciens, au Vatican, pour la cérémonie de remise de la barrette cardinalice au Cardinal Margéot. Ci-dessous, les propos tenus par le Cardinal Gantin, en réponse aux questions de M. et Mme Fanchette, cette dernière nous ayant elle aussi quitté, l’année dernière.

Éminence, pouvez-vous nous dire vos impressions au sujet de l’élévation de notre évêque, Mgr Jean Margéot, au cardinalat ? Voulez-vous nous dire ce que vous, en tant que cardinal, préfet, vous ressentez au sujet de cette élévation ?

Tout consistoire pendant lequel le Saint Père élève à la dignité de cardinal un ou plusieurs évêques est toujours un grand moment vécu par l’église universelle. Vécu en profondeur, dans les dimensions les plus profondes, étendues au monde entier. Ce consistoire, celui de cette année, revêt une grande signification pour l’océan Indien tout entier, pour l’île Maurice en particulier. L’île Maurice à laquelle Rodrigues est profondément et toujours unie. Pour moi qui suis l’ami de cette partie du monde, de l’église qui y vit et de tout le peuple qui y vit dans sa diversité de culture, d’ethnicité, de religion, de sensibilité, je trouve une grande signification à cela car je vois, là, accompli un souhait personnel, qui m’habitait depuis longtemps. Cette île, ces îles qui se disent avec beaucoup d’humilité très petites, insignifiantes, lointaines, oubliées, il faut mesurer ce que représente leur participation à ce consistoire dans la personne de leur évêque. Moi qui connais leur valeur, la valeur de ce qu’elles représentent, ce que signifie leur participation, comme figuration de la civilisation générale du monde, je suis convaincu que c’est dans cette "convivance" pacifique, fraternelle, que notre monde trouvera ses raisons profondes. Des plusieurs visites que j’ai eu la joie de faire à ces pays, j’ai toujours souhaité voir le jour où elle seraient reconnues au sein de la chrétienté, par le Pape, et je pense que rien ne pouvait être aussi heureux, aussi opportun que le choix de son évêque, pour illustrer cette entrée solennelle de l’île Maurice dans le collège des cardinaux, le sacré collège. C’est donc un motif de profonde satisfaction, de joie, de fierté et, à cette occasion, j’ai exprimé, j’exprime encore mon admiration pour la personne de Mgr Margéot, que le Pape a encore rapproché de sa personne, et de celle de tous ses collaborateurs immédiats dont j’ai l’honneur d’être.

Il est certain, Éminence, que vous qui étiez au dernier synode des laïcs, rendrez hommage à leur collaboration, à l’édification de l’Eglise qui est à Maurice…

Oui, j’ai aussi de l’admiration pour les hommes et les femmes qui travaillent avec lui, à l’édification de cette église, à son rayonnement, car un évêque, fut-il cardinal, ne peut travailler tout seul dans l’église mais en communion et en collaboration avec tous ses frères, non seulement dans le sacerdoce mais aussi dans le laïcat. Après le synode que nous avons vécu, je peux le dire que le travail d’église est un travail de construction d’une famille, du peuple de Dieu qui réalise notre vocation. À ce propos, je remercie M. et Mme Fanchette de me donner l’occasion de saluer à un titre tout spécial l’île Maurice et Rodrigues, qui a été brillamment représentée au dernier synode pour les laïcs par Antoinette Prudence, que nous avons appelée la maman de tous les enfants du monde. Eh bien, elle a beaucoup marqué par la simplicité et l’authenticité de son témoignage et par la valeur de son dévouement au service de tous les enfants du monde. Elle en a parlé en termes émouvants : c’est le présent qui est la garantie de l’avenir. Alors Maurice, c’est un peu cela, Maurice qui se croit toute petite, encore enfant, mais c’est la garantie du présent, alors, pour toute cette fête, nous devons rendre grâce, nous n’avons que des motifs de rendre grâce à tous les niveaux. J’étais ému de voir le Premier ministre (NDLR : sir Anerood Jugnauth) l’exprimer en des termes très délicats et tellement émouvants, hier soir, et je souhaite que ce jour continue sans déclin dans le cœur de tous les Mauriciens, quels qu’ils soient. Je souhaite aussi d’avoir un jour la joie de retrouver mon frère (NDLR : le cardinal Margéot) dans son île, dans son pays qui est tout un monde. Mais ce que je souhaite de plus cher, c’est que le Pape puisse y mettre ses pieds de grand pèlerin, successeur de Pierre et de Paul et y porter le message de la paix et de l’amitié jusqu’au cœur de cette terre que nous aimons beaucoup et que nous admirons, à qui nous disons : félicitations, meilleurs vœux et avenir fécond.

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