DIEGO GARCIA En avril et mai derniers : 550 tonnes de matière nucléaire en transit

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Pendant tout le mois de mai, la base américaine de Diego Garcia avait été transformée en un véritable entrepôt de Yellowcake Uranium (matériel nucléaire). Après le débarquement le week-end dernier dans un port canadien de la cargaison de quelque 3 500 barils de ce matériel – d’une valeur marchande de Rs 2,7 milliards et d’une importance stratégique majeure pour la sécurité -, les détails de cette importante opération nucléaire au cœur de l’océan Indien ont été révélés dans la presse canadienne, notamment dans l’édition du jour du Globe and Mail.

Jusqu’au week-end dernier, les Etats-Unis avaient imposé un Black-Out total d’informations sur les opérations militaires entre Bagdad et Diego Garcia pendant les mois d’avril et de mai. D’ailleurs, le quotidien canadien Globe and Mail trouve que " almost everything about the deal made for spy novel fodder : a multimillion-dollar shipment of yellowcake uranium, the final vestiges of Saddam Hussein’s once-hyped nuclear program, quietly moved from Baghdad to Montreal via a controversial U.S. military base in the Indian Ocean, all done under orders of absolute secrecy ".

Mais pour Transport Canada, compagnie ayant assuré le transport de cette importante cargaison de matériel nucléaire du port de Diego Garcia à Montréal, " it was a relatively straightforward transaction. It was business as usual ". Cette cargaison d’uranium enrichi, qui faisait partie du programme nucléaire de Saddam Hussein, avait été adjugée à Cameco Corporation, une compagnie canadienne spécialisée dans ce domaine au début de cette année suite à un exercice d’appel d’offres.

Risques pour la sécurité

Les opérations de transfert de cet important stock de matière nucléaire avaient été placées sous la supervision des autorités militaires américaines dans le plus grand secret. Les négociations avec Koweït pour transporter ces 3 500 tonnes de Yellowcake par voie terrestre ne devaient pas aboutir en raison des risques pour la sécurité vu que le trajet identifié allait faire passer le convoi par le territoire contrôlé par des insurgés chiites. " Kuwaiti authorities were reluctant to open their borders to the shipment despite top-level lobbying by Washington ", note le Globe and Mail.

D’autre part, l’embarquement de cette cargaison nucléaire dans un des ports du Koweït aurait contraint le navire à traverser le Détroit d’Ormuz dans le Golfe persique, où des unités navales battant pavillon américain et iranien se croisent régulièrement. De ce fait, le transit sur la base américaine de Diego Garcia a été considéré comme la solution la plus acceptable sur le plan de la politique, de la diplomatie et de la sécurité.

Au début d’avril dernier, tout le stock nucléaire de la centrale de Tuwaitha au sud de Bagdad fut consolidé dans 3 500 barils à paroi renforcée pour éviter toute fuite et transféré sur l’aéroport international de Bagdad. L’étape suivante de cette opération militaire sous haute surveillance consistait à transférer ces barils par voie aérienne de Bagdad vers Diego Garcia. Pendant deux semaines, des rotations aériennes entre Bagdad et Diego Garcia avec pas moins de 37 vols de l’US Air Force furent organisées pour ce transfert de matériel nucléaire en vue d’être stocké sur la base de militaire faisant partie de l’archipel des Chagos.

Ce stock de 550 tonnes d’uranium ne devait quitter Diego Garcia que le 3 juin dernier, soit quatre semaines après les premières réceptions de barils de matériel radioactif, pour accoster le port de Montréal samedi dernier après un long périple dans l’océan Indien et l’Atlantique. Des spécialistes soulignent que cette cargaison constitue " the last major remnant of former Iraqi leader Saddam Hussein’s nuclear program ". Ils ajoutent que le Yellowcake Uranium ne représente aucun danger si le transport et le stockage se font dans des conditions précises. Mais ils tiennent à faire ressortir que " yellowcake can also be enriched for use in reactors and, at higher levels, nuclear weapons using sophisticated equipment ".

A l’arrivée de la cargaison samedi au Canada, le porte-parole de Cameco, Lyle Krahn, devait soutenir, aux questions de la presse canadienne, que les conditions de secret avaient été imposées par les Américains. " The hush-hush nature of the transaction was at the request of the US military, who supervised the transport of the raw material out of the volatile region ", devait-il indiquer.

CHAGOS Avec un rapport déposé hier

Diego-Garcia : l’étau politique se resserre autour de Londres

En attendant le verdict des Law Lords britanniques sur l’éventuel retour des Chagossiens dans l’archipel, l’étau politique se resserre autour de Londres. Le dernier développement en date demeure les sévères critiques du Foreign Affairs Committee, un Departmental Select Committee de la Chambre des Communes, à l’encontre du gouvernement britannique concernant le sort réservé aux Chagossiens. Le rapport a été rendu public à Londres dans la journée d’hier. Cette instance parlementaire britannique a également dénoncé la politique de " mensonges " qui serait pratiquée par les Etats-Unis dans ses rapports avec la Grande-Bretagne au sujet de l’inclusion de la base militaire de Diego-Garcia dans le programme de torture alléguée des suspects terroristes de la Central Intelligence Agency (CIA). Par ailleurs, le comité parlementaire des Affaires étrangères qui comprend 14 membres de la Chambre des Communes tous partis confondus, préconise que la troisième génération de Chagossiens puisse bénéficier dorénavant du " British Overseas Territories Citizenship ".

" We conclude that there is a strong moral case for the United Kingdom permitting and supporting a return to the British Indian Ocean Territory for the Chagossians, " soutient avec force le Foreign Affairs Committee de la Chambre des Communes présidé par le député travailliste, Mike Gapes. Ce Select Committee prend à contre-pied la position adoptée officiellement par le gouvernement britannique à l’effet que " a return would pose security risks to the US base on Diego Garcia ".

Le comité Gapes réclame que la teneur du Resettlement Plan, qui a été élaboré, soit étudiée en profondeur. " We note the recent publication of resettlement proposals for the Outer Islands by the Chagos Refugees campaigns. The Foreign and Commonwealth Office has argued that such a return would be unsustainable, but we find the arguments less than convincing ", lit-on à la page 33 de ce document disponible au public à la Chambre des Communes.

D’autre part, suite à des représentations de la Diego Garcia Society, le Foreign Affairs Committee britannique a proposé deux mesures pour venir en aide aux Chagossiens nés à Maurice et qui ne pouvaient jusqu’ici prétendre aux mêmes facilités que ceux nés dans l’archipel. Ce comité avance que les difficultés rencontrées par cette catégorie de Chagossiens résultent davantage " as a consequence of exile rather than their own choice ".

" We recommend that British Overseas Territories Citizenship should be extended to third generation descendants of exiled Chagossians. We also recommend that the (United Kingdom’s) government should provide more guidance to those Chagossians wishing to resettle in the United Kingdom, " préconise le rapport soumis à la Chambre des Communes, qui partage l’opinion exprimée que " British passports are very expensive for native Chagossians. The Diego Garcia Society and the Chagos Islands Community Association also highlighted that some families were being split up not just because the cost of passports meant only part if the family could afford to come to the United Kingdom, but also because most of the third generation born in Mauritius were not entitled to British Citizenship by descent ".

Le rapport du Foreign Affairs Committee britannique fournit très peu d’informations au chapitre de la souveraineté de Maurice sur l’archipel des Chagos. Mais il n’a pu occulter ce fait historique et d’importance politique majeure dans les relations entre Port-Louis et Londres. De ce fait, cette instance trouve que " we conclude any resolution to the United Kingdom’s sovereignty dispute with Mauritius over the British Indian Ocean Territory must take Chagossians’wishes into account ".

Le comité parlementaire britannique s’est intéressé aux développements prévus après l’échéance de 2016, soit avec la fin des 50 premières années du bail des Etats-Unis à Diego-Garcia. A ce stade, très peu d’indications sont disponibles quant aux intentions de Londres en vue d’un retour de l’archipel des Chagos à Maurice à cette date.

Répondant aux questions du Foreign Affairs Committee, Meg Munn du Foreign and Commonwealth Office s’est contentée d’avancer que " the United Kingdom and the United States would of course continue to consult closely on their mutual defence needs and expectations well in advance of that time ". Mais jusqu’ici, aucune démarche dans ce sens n’a été initiée ni par Londres ni par Washington.

" Meg Munn informed us that the United Kingdom had not yet had any discussions with the United States of America about the possibility of terminating the lease in 2016. She also told us that she had not discussed changing the terms of the agreement to increase the United Kingdom’s oversight if it did continue beyond 2016 ", souligne le rapport de ce Select Committee.

Toujours concernant la revendication de la souveraineté de Maurice sur les Chagos, le Foreign Affairs Committee fait état de la proposition initiale formulée par le Premier ministre britannique, Gordon Brown, avec des discussions bilatérales au niveau de la Haute Commission mauricienne à Londres et des représentants du Foreign and Commonwealth Office. Cette initiative a été rejetée par Maurice, selon les déclarations officielles du Premier ministre, Navin Ramgoolam. Des consultations, d’après la nouvelle formule convenue entre les deux gouvernements au début de juin, n’ont pas encore démarré.

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