Liban :Le Liban à l’heure du branle-bas occidental sur la Syrie

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 LA SITUATION
Certains développements intervenus ces derniers jours sur la scène libanaise dans le sillage du soulèvement populaire en Syrie ont ravivé les appréhensions quant à un retour au funeste et tristement célèbre système sécuritaire libano-syrien qui imposait son diktat aux Libanais du temps de la non moins funeste tutelle syrienne. Les pressions et les menaces auxquelles ont eu recours des factions du 8 Mars afin de saboter la rencontre de solidarité avec le peuple syrien, qui devait avoir lieu mardi dernier, ont fait revivre succinctement dans la mémoire des souverainistes les pires moments de l’ère de la présence des troupes de Damas au Liban. En torpillant cette rencontre de solidarité, c’est le principe même de la souveraineté nationale et du respect des libertés publiques qui a été bafoué à la base.
Plus grave encore est l’inqualifiable, l’inadmissible épisode des trois soldats syriens déserteurs qui ont fui les troubles dans leur pays pour trouver refuge au Liban-Nord. L’un d’eux est mort au Liban des suites des blessures dont il avait été atteint en Syrie, mais les deux autres, selon des informations concordantes, auraient été remis au pouvoir baassiste par les services de renseignements de l’armée, qui n’ont pas ainsi tenu compte du fait que les refouler vers la Syrie revient pratiquement à les condamner à une liquidation certaine, précédée sans doute de tortures atroces, aux mains des services de sécurité syriens. Cette inqualifiable initiative inhumaine de livrer les deux soldats ayant fait défection aux autorités de Damas ne manquera pas de provoquer des vagues. Tout aussi malencontreuse est la mesure prise hier par l’armée de refouler à la frontière nord six opposants syriens qui tentaient de fuir l’enfer de la répression sanglante.

Diverses organisations locales de défense des droits de l’homme et plusieurs pôles du 14 Mars se sont élevés hier contre cette décision de l’armée de livrer à Damas les deux soldats ayant fait défection. Cette condamnation a dépassé le cadre du Liban et des organisations étrangères de défense des droits de l’homme, citées par des médias arabes, ont exprimé leur vive inquiétude au sujet du sort réservé en Syrie aux deux militaires.
En tout état de cause, et face à l’obstination du régime syrien à poursuivre sa répression et à exercer des pressions au Liban afin d’empêcher tout élan de solidarité avec le peuple syrien, les regards seront braqués aujourd’hui sur Washington afin de suivre l’important discours que le président Barack Obama prononcera afin d’exposer ses vues sur les développements dans le monde arabe. Le passage sur la Syrie est attendu, à l’évidence, avec grand intérêt, plus particulièrement après les nouvelles sanctions annoncées hier soir par l’administration US contre le pouvoir syrien, incluant cette fois-ci, et pour la première fois, le président syrien en personne, en sus de six autres dirigeants du régime baassiste. Parallèlement à cette escalade dans les sanctions, Washington a été jusqu’à souligner officiellement que le président Assad devait « diriger la transition démocratique ou partir ».
Force est de relever que cette nouvelle position en flèche adoptée par l’administration Obama s’accompagne d’une offensive diplomatique occidentale en direction de la région et du Liban, en rapport avec la crise syrienne. Le secrétaire d’État adjoint pour les Affaires du Proche-Orient, Jeffrey Felman, est ainsi attendu demain, vendredi, à Beyrouth pour une visite de trois jours au cours de laquelle il devrait informer les dirigeants libanais de l’évolution possible de la situation en Syrie et des retombées sur le Liban. À en croire certaines informations, la perspective qu’exposera M. Feltman quant aux développements en Syrie pourrait accroître les chances de la formation d’un cabinet de technocrates qui accompagnerait ainsi la nouvelle phase (historique) dans laquelle la Syrie et le Liban pourraient être engagés. Le député joumblattiste, Alaeddine Terro, a d’ailleurs peut-être annoncé hier la couleur à cet égard en prônant le « retour à un gouvernement de partenariat national afin de relancer le dialogue entre toutes les factions ».
Le dossier en rapport avec les développements en Syrie sera aussi au centre des entretiens que le vice-directeur du département Moyen-Orient au Quai d’Orsay, Alexis Le Cour Grandmaison, et l’un des porte-parole du gouvernement britannique, Marten Day, auront à Beyrouth dans les prochaines quarante-huit heures. Sans compter la réunion que le chef du PSP, Walid Joumblatt, et le ministre Ghazi Aridi ont tenue à Paris avec M. Jean David Levitte, conseiller diplomatique du président Nicolas Sarkozy. Autant de concertations et de réunions de synthèse qui permettront aux dirigeants et hauts responsables libanais de jauger les intentions occidentales concernant le sort du régime syrien et la physionomie du nouveau paysage politique qui pourrait émerger sur les bords du Barada et, par ricochet, au Liban.

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