Tunisie / Journées théâtrales de Carthage : Lin seul du Burkina Faso, à l’Espace El Hamra

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«Je veux mourir, car les militaires m’ont poussé à aimer la mort»… terrifié par les massacres qui se produisent quotidiennement dans son village, un jeune homme trouve refuge dans les bois. Et là, il rencontre un couple qui vit dans le bonheur absolu, protégé par la pureté de la nature. Ce couple ignore la cruauté humaine, la cupidité et les horreurs de la guerre. Et par les récits de cette victime de la civilisation, il découvre une autre vie.

Lin seul du Burkina Faso, texte de Vangdar Dorsouma, mise en scène de Jean-Edouard Zambelongo, est un chant de guerre, mais aussi un conte sur la mort à travers lequel sont racontées les misères d’un peuple. Durant presque une heure, trois acteurs, un narrateur et un musicien chantent et racontent des histoires extravagantes : celles d’un petit garçon qui sort du ventre de sa mère, pour sauver ses frères des mains d’une méchante sorcière, ou celles d’une mariée, extrêmement belle, qui tue son mari pour venger la sorcière… le linceul est devenu «Lin seul».

Pour un temps, on oublie la réalité et les vraies raisons qui ont amené cet homme à quitter son village. On ne sent plus l’odeur du sang et on n’entend plus les cris des blessés. Seuls les réveils en sursaut du personnage principal et les chants des narrateurs, placés dans un coin de la scène, nous ramènent, de temps à autre, à la réalité.

En dépit des malheurs qui accablent l’Afrique, la musique et le chant sont omniprésents dans cette pièce et les personnages sont gais malgré leur air perdu et niais. Les Burkinabés ne veulent pas raconter leur drame d’une manière classique et pathétique. Ils veulent plutôt faire parler la simplicité, à travers une scène dépouillée, un verbe pur tiré des contes et de la naïveté de ce couple, qui ne sait même pas ce que veut dire «saleté». Ce sens de la simplicité ne devrait pourtant pas faire perdre le thème principal de ce travail : la guerre en Afrique. Cette guerre qui déchire les familles et qui tue l’espoir de vivre.

Malheureusement, cette pièce, et malgré ses bonnes intentions, tombe dans le piège de la banalité et de la naïveté. On espérait plus de profondeur, plus de recherche théâtrale. Les contes sont certes une grande source d’inspiration, mais ils ne sont pas uniques. On a l’impression que les artistes subsahariens, au théâtre comme au cinéma, n’arrivent pas à sortir des histoires de sorcières, des sortilèges et des vengeances. La mort nous guette, les massacres nous déchirent… et il est temps de sortir de la citrouille de Cendrillon.

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