Roumanie – L’ACFCI, un acteur visionnaire au service des entreprises françaises et de leurs partenai

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Interview avec Monsieur Bernard Legendre, Directeur Général Adjoint, Formation, Systèmes d’information, innovation et intelligence économique

Interview Francophone
Quels enjeux d’évaluation pertinents pour nos sociétés modernes ?

Bernard Legendre

L’un des défis actuels est d’avoir des outils pertinents d’évaluation. En plus, il ne faut plus raisonner seulement sur l’entreprise mais affiner les enjeux de développement par l’intégration du rôle des autres acteurs dans le processus économique. Il faut évaluer la qualité de la gouvernance territoriale et des services accessibles, la santé, l’éducation, le logement, le tissu social et associatif, etc. Cela rejoint le concept , très qualitatif , de « sociabilité » développé en France par l’ historien M Agulhon ( La république au village , sur la Provence au XIX °) . Le terme est passé dans le langage courant. Les chambres de commerce sont justement présentes sur les territoires, en tant que corps intermédiaire économique, représentant et liant les entreprises, cela depuis fort longtemps.

Leur spécificité fait qu’elles sont à la fois des institutions couvrant directement des besoins économiques, mais aussi d’animation, d’expression locale et de dialogue plus large , de par leur ancrage territorial. Pour les chambres de commerce, l’approche du développement du territoire est « instinctive », relevant de leur mission de contribution à la prospérité économique par les services directs rendus aux entreprises mais aussi de dialogue et d’action avec les partenaires qui comptent dans la vie locale. Développer par exemple la formation professionnelle ou les facilités de transports ne concerne pas que l’économie au sens strict ; l’impact est plus global.

Pour un chef d’entreprise de PME ou PMI, la responsabilité « sociale » et la prospérité de son affaire sont des objectifs interdépendants, des facettes de son action ; ce n’est pas forcément conceptualisé, mais vécu et intrinsèque à son rôle, à son implication dans la vie locale.

La production des biens ou la prestation de services, c’est la passion qui anime ces chefs d’entreprises de proximité dont le bassin d’emploi est en même temps leur lieu d’habitation et de vie. Au niveau local, le chef d’une PME ne peut pas se distancer des objectifs sociaux et environnementaux mais ces objectifs ne sont pas quantifiés mais intégrées dans ses habitudes et savoirs –faire. Du reste les chefs d’entreprises, au niveau d’un territoire, prennent souvent des responsabilités en plus de leur activité économiques, leur esprit entreprenarial s’investissant aussi en dehors du périmètre de la croissance purement économique.

Il y a bien sur un portrait moins flatteur du chef d’entreprise qui négligerait les externalités négatives (par nature hors de ses comptes) et se comporterait donc avec un certain cynisme. Déjà contraint à des règles innombrables, pourquoi irait-il de lui-même s’en imposer d’autres, au risque de plus évident que ses concurrents ne le fassent pas ? Il y a néanmoins des initiatives en propre ( et dans la longue durée , les politiques du logement social , de la famille , de l’insertion des exclus et des handicapés sont largement issues , en France d’initiatives patronales de terrain ) . Il reste que c’est à la puissance publique de décider de ce qui, par la loi, sera internalisé dans les comptes, par des taxes, des bonus-malus etc. Et donc quantifié. C’est, par exemple de longue date (1898) le cas des accidents de travail et donc de la sécurité au travail .La présence d’une contrainte détermine un investissement dans les conditions de travail à la hauteur des enjeux. Le modèle économique subjacent oriente les comportements des acteurs.

La spécificité culturelle française fait que l’Etat se sent (et est estimé) responsable de tout. Omniprésent dans les décisions, même locales , l’Etat se retourne très souvent vers les entreprises pour l’ implémentation des régulations et des actions qui souvent sont difficiles à réaliser car fondées sur des hypothèses et des schémas assez théoriques , en tout cas loin des réalités spécifiques des territoires.

On arrive ainsi souvent à culpabiliser les entreprises, à les désigner à la vindicte, en leur demandant de « tout faire de manière exemplaire », par rapport à des normes qui ne sont ni adaptées ni adaptables. En plus on ne globalise pas les règles et les objectifs. Chaque ministère voire chaque bureau (dont au passage pratiquement aucun ne se situe en province) ajoute ses règles, les gèrent et ignore tous des autres.

Interview Francophone :
Quelle gouvernance et quelles régulations pour assurer la création d’une valeur partagées entre toutes les parties prenantes ?

Bernard Legendre :
On ne peut pas mettre tout sur les épaules des entreprises quand bien même (cf. Le Grenelle de l’environnement) on peut bien ré-internaliser un certain nombre des choses, touchant à leur portefeuille, à travers les régulations.

Mais l’approche même des contraintes réglementaires est aujourd’hui dépassée (il y a par exemple environ 120 types d’impôts génériques) une complexité des règles fiscales sectorielles qui bloque l’entreprise dans son action et sa prise de décision. Il faudrait envisager des régulations plus globales, moins sectorisées pour que l’entreprise ait une marge de manœuvre, garde une capacité de décider et agir sur une obligation assez large de résultat.

En ce qui concerne le dialogue social, celui –ci peut être enrichi et surtout plus constructif et participatif. La dimension territoriale de la gouvernance est essentielle dans une évolution des stratégies et des pratiques vers des relations de coopération pour assurer la croissance.

Un autre problème culturel est le fait que « tout le monde veut s’occuper de tout » à des dimensions qui ne relèvent pas de leur compétence ou pertinence. L’Etat est présent, même comme prescripteur, au niveau local jusqu’au plus petit village au lieu de laisser la place aux acteurs locaux qui eux même se chevauchent et se doublonnent allégrement dans leurs interventions. Les changements en cours semblent pousser vers des postures plus raisonnables et mieux ventilées des acteurs publics.

L’Etat doit tracer les voies et définir les stratégies porteuses, donner des grands caps et les financer. Mais, par exemple la déclinaison des choix de l’Etat concernant le mix énergétique ou les réseaux de transport en région peut se faire au mieux à travers les choix des élus (et des responsables de la société civile) en région.

SI l’on veut que des acteurs territoriaux soient responsables et qu’une relation de coopération se crée spontanément, il faut avoir confiance dans les corps intermédiaires : les élus politiques, les entreprises, les syndicats, les associations en région. Par exemple 200 à 500 chefs d’entreprises par région sont élus de cci, un panel très au fait des enjeux territoriaux, de la vie sociale et représentatif de l’économie locale. Prendre des décisions ensemble avec les parties prenantes est un processus plus puissant, plus efficace et pertinent et surtout les décisions sont plus acceptables et acceptés si elles sont issues d’un processus de coopération au niveau de la gouvernance. Le temps investi dans la gestion de la complexité du dialogue avec les parties prenantes n’est pas perdu mais rattrapé dans l’efficacité de la décision et l’acceptabilité de la mise en pratique.

Interview francophone
Quel modèle d’innovation européen (français) pour assurer une croissance durable ?

Bernard Legendre
En France on a confondu l’innovation avec la R&D ce qui est une grande erreur. La science est une chose et l’innovation une autre. Nous sommes plutôt un pays de science et d’ingénieurs plus qu’un pays d’innovateurs mais le défi est justement de devenir un pays de l’innovation, fondée ou pas sur de la RD. Aujourd’hui l’innovation n’est plus seulement d’ordre technologique mais encore l’innovation de procès, marketing, design. On a soutenu les idées de développement d’un crédit Impôt Innovation au lieu du Crédit Impôt Recherche pour stimuler cette nouvelle dynamique des chefs d’entreprises. De plus, si la volonté est là, la liaison entre science et innovation se fait souvent encore mal en France. L’universitaire et l’industriel, a fortiori le commerçant pour l’innovation de marché et de service, ont du mal à identifier spontanément les raisons pour communiquer. Pour les y encourager et créer de la valeur, l’ACFCI a mis sur pied le réseau d’innovation ou il y a déjà 200 collaborateurs impliqués et associant des partenaires comme les instituts Carnot, l’AFNET, l’ASRC, l’INPI.

L’un des axes stratégiques est d’identifier les deux boucles positives entre l’innovation et le développement durable, entre l’innovation et l’export. Une entreprise qui innove va exporter et verdir, l’entreprise qui exporte doit être prête à innover et à verdir. C’est un cercle plutôt vertueux. Si on sait depuis A Smith que la confiance est au coeur du raisonnement des acteurs du processus économique, il se trouve que la société française est largement une société de la méfiance. Les acteurs se reportent à l’Etat et à l’inflation des lois parce qu’ils ne se font pas confiance entre eux (Cf. Algan et Cahuc). L’histoire ne nous aide pas. « Ce qui nous manque plus que les capitaux, les idées, les carburants ou les diverses matières premières, c’est la confiance ». La seule sortie possible face à ces barrières si bien ancrées contre la prise de décision locale assumée et avec les entreprises locales, est l’expérimentation, la preuve par la pratique qui montre qu’on peut être intelligents ensemble. Seule l’expérimentation de l’innovation territoriale peut aider à dépasser l’immobilisme et le blocage des relations de coopération pour une nouvelle forme de richesse.

Interview Francophone
Comment assurer la transition des relations de transaction vers des relations de coopération pour la création de la valeur ?

Bernard Legendre
Les enjeux d’un nouveau modèle économique posent la question des externalités qui ne relèvent pas toujours du choix ou du pouvoir des entreprises et même dépassent largement la vie dans l’entreprise. Une autre dimension relève d’un certain dédain envers les inputs des collectivités locales et d’une atonie du dialogue social de type territorial, hormis les CESE de région. Si l’on pense que l’autonomie des autorités locales n’a que 30 ans d’histoire et que la représentativité complète dans l’autonomie des parties sociales n’a que 5 ans, on comprend certaines tensions au niveau de la prise de décision non étatique, a fortiori locale. Surtout quand on rajoute dans la complexité des relations l’inégalité entre les territoires qui ne sont pas homogènes et n’empruntent pas de la trajectoire linéaire en terme de développement économique et social. Ce qui est prétexte à invoquer l’égalité pour justifier le statu quo !

On peut mentionner aussi ici les travaux de la DATAR sur l’importance de la dimension hors travail et servicielle des territoires, englobant le cadre de vie, l’attractivité globale d’un territoire qui est tout d’abord un lieu à vivre et à dépenser pour les membres de la société.

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