Roumanie- Quand l’innovation se traduit dans un véritable modèle de succès de développement territor

Partager cet Article

Auteur:

Mots-clefs:

Interview en exclusivité pour Interview Francophone avec Monsieur André Santini, Député, ancien Ministre, Maire d’Issy-les-Moulineaux

Interview Francophone : Pourquoi innover ?

André Santini :
Dans la période d’incertitudes et de difficultés économiques que nous vivons, il est plus que jamais crucial de chercher des « points de croissance ». Et si des pays comme les Etats-Unis, la Corée du Sud ou la Finlande ont une croissance supérieure à la nôtre, c’est parce qu’ils investissent davantage dans les nouvelles technologies et l’innovation. Lorsque les Américains et les Japonais dépensent respectivement 2,7% et 3% du PIB dans la R&D et l’innovation, nous, les Européens, ne dépassons pas les 1,8% !

Et la France n’est pas dans le peloton de tête de l’UE. Dans une récente étude sur la performance des pays européens en matière d’innovation, la Commission européenne classait notre pays dans les « suiveurs » de l’innovation, face aux « champions » que sont l’Allemagne, la Suède et la Finlande .

Si la France investissait autant que les leaders mondiaux, elle pourrait gagner un demi-point de croissance supplémentaire, et cela pourrait représenter 200 000 nouveaux emplois sur cinq ans ! L’innovation est bien la seule chance de croissance de demain, et c’est aussi une question d’état d’esprit. L’esprit d’innovation doit souffler partout en France, dans nos entreprises, nos centres de recherche et nos administrations avec la vigueur de ceux qui ont foi dans l’avenir de ce pays.

Interview Francophone : Comment innover et contourner les freins à l’innovation ? Comment mettre en place un environnement propice à l’innovation ?

André Santini :
Il convient de privilégier des sujets prioritaires en matière de recherche : les énergies renouvelables (hausse du prix du pétrole, effet de serre…), l’eau, les usages des nanotechnologies (même si la recherche doit également évaluer le risque des nanoparticules, notamment en matière de toxicité pour l’homme), la domotique, l’e-Santé, la recherche médicale (cancer, sida, risques pandémiques, maladies orphelines, etc.)

Les priorités sectorielles étant définies, il s’agit de favoriser toujours plus la création des pôles de compétitivité. En effet, si le financement public reste important, la dépense privée en France est inférieure à la moyenne de l’OCDE.

« C’est désormais la capacité à innover, à créer des concepts et à produire des idées qui est devenue l’avantage compétitif essentiel » rappelait le rapport Levy/Jouyet sur l’économie de l’immatériel .

Formation, Recherche, Innovation, c’est sur ces critères que seront de plus en plus classés les pays. Nous pouvons y parvenir, en développant, par exemple, l’investissement individuel, les « business angels », qui ont été dynamisés grâce à la loi TEPA, mais qui accusent toujours un retard par rapport aux pays anglo-saxons. Leur rôle est pourtant crucial dans la phase de décollage des jeunes entreprises et il faudrait inciter les fortunes individuelles à investir dans l’entreprise, et donc dans l’emploi, plutôt que dans les seules œuvres d’art.
Nous devons aussi adopter une véritable politique industrielle du logiciel, loin des dogmes opposant l’édition logicielle classique et le logiciel libre, car c’est un secteur qui se développe cinq fois plus vite que le reste de l’économie, et qui se caractérise par la création d’emplois à haute valeur ajoutée, plus difficilement délocalisables.

La France dispose d’atouts qui lui permettraient d’être en tête dans de nombreux secteurs de l’innovation : des ingénieurs de qualité, un tissu dense de PME innovantes, des positions de forces de certains secteurs comme la mobilité, la carte à puce, le logiciel libre, les logiciels embarqués, la simulation, le calcul à hautes performances, mais nous ne savons pas suffisamment les valoriser.

L’innovation est la clé de l’avenir. Nous ne ferons pas l’économie d’une rénovation profonde de l’organisation de la recherche publique et de l’augmentation massive des moyens consacrés à l’enseignement supérieur. Il faut aussi renforcer l’attractivité des filières informatiques, en créant, par exemple, un Brevet Universitaire dans le domaine des technologies de l’information et de la communication.

Mais notre priorité doit se porter sur le soutien aux PME qui restent en retard, notamment en matière d’usage. Alors que la population française a massivement adopté les technologies (75% des Français sont connectés), elles restent souvent frileuses, malgré un taux d’équipement tout à fait comparable à celui des autres pays industrialisés. Seulement 60 % des PME françaises disposent d’un site web, contre 80% en Allemagne, au Royaume-Uni et en Italie… Il est essentiel d’accroitre la masse critique des entreprises innovantes, en assouplissant leurs contraintes, en leur ouvrant les portes de la commande publique, en facilitant leur financement et en incitant fiscalement les jeunes diplômés à les choisir pour leur premier emploi. Nous devons aussi les inciter à privilégier l’innovation, en étendant le champ des dépenses éligibles au bénéfice du crédit d’impôt recherche.

Interview Francophone : Comment mettre en mouvement et faire coopérer les acteurs de l’innovation ?

André Santini :
L’enjeu est de mettre en réseau, entreprises, centres de formation et unités de recherche – publiques ou privées – dans un esprit de synergie, ces pôles doivent constituer de véritables « écosystèmes de la croissance ».

D’autre part, face à l’internationalisation de la R&D (activités adaptatives soutenant la production en Amérique du Sud et en Afrique, activités novatrices en Chine, Inde et Corée et veille technologique dans les pays développés), la question de la relation entre recherche publique et activités privées se pose aujourd’hui : pour maîtriser leur innovation face aux pays émergents, les entreprises doivent améliorer leur lien avec la recherche publique ; gageons que les pôles de compétitivité vont y contribuer.

Interview Francophone : Quelle est votre expérience de l’innovation ?

André Santini :
Mon expérience de l’innovation se vit chaque jour à Issy-les-Moulineaux, dont j’ai voulu faire une ville-modèle dans l’utilisation des technologies de l’information et de la communication.

Une ville innovante, c’est une ville qui est pionnière depuis 1995 dans l’utilisation de techniques nouvelles visant au bien-être des habitants, au développement économique et à la promotion des bonnes pratiques en matière de développement durable.
Dès 2001, nous avons inauguré le « Cube », un espace de pratique, de production et de diffusion autour de la création numérique.

Nous construisons actuellement l’éco-quartier du « Fort Numérique », un quartier de 1650 logements qui sera un espace d’application de la société de l’information. La technologie y sera mise au service de l’environnement à travers l’installation de panneaux photovoltaïques où d’un système de collecte pneumatique des déchets. Un Intranet du quartier deviendra son cœur virtuel, par lequel transitera toute l’information.
La présence de nouvelles technologies à l’intérieur de l’habitat se traduira par des logements
« intelligents ». Ouvert sur le monde (par la liaison à très hauts débits à l’Internet), en lien avec le quartier (par le biais de l’Intranet), le logement fait aussi communiquer de multiples équipements à l’intérieur de celui-ci par le biais d’un réseau et d’un portail domestiques.
La « passerelle domestique » permettra, par exemple de commander la régulation de la température et les heures de chauffage dans les différentes parties du logement.

Nous soutenons également IssyGrid, un projet pilote qui a pour but d’optimiser l’énergie à l’échelle du quartier d’affaires HQE Seine Ouest. Pour ce faire, Alstom, Bouygues Immobilier, Bouygues Telecom, ERDF, ETDF, EDF, Microsoft, Schneider Electric, Steria et Total réunissent ensemble toutes les compétences stratégiques et techniques requises par le smartgrid (réseau de distribution d’électricité « intelligent » utilisant les technologies informatiques de manière à optimiser la production et la distribution).

Une ville innovante, c’est une ville qui offre un cadre et des conditions optimisées de développement de l’innovation. Dès 2001, nous avons créé une « cyber pépinière » dans l’esprit de permettre aux entreprises les plus innovantes de se concentrer sur le cœur de leur projet, en réunissant les conditions d’installation et de développement les plus favorables.

Faire le pari de l’innovation, à travers le développement des TIC, c’est attirer des entreprises phares qui rayonneront par leur talents d’innovation.

C’est dans ses locaux d’Issy-les-Moulineaux que Cisco a développé et appliqué sa solution révolutionnaire de téléprésence en France.

Microsoft emploie une centaine d’ingénieurs qui se consacrent à la recherche sur Internet, visant à fournir les résultats de recherche les plus pertinents, simplifier l’expérience utilisateur et développer de nouveaux modèles économiques.
Dans le domaine de l’éducation, Microsoft cherchait des « écoles innovantes » prêtes à réfléchir à leurs méthodes d’enseignement et à la place des nouvelles technologies dans les méthodes éducatives. Issy-les-Moulineaux a donc conclu un partenariat avec l’école des Chartreux. Celle-ci a ainsi testé un nouveau modèle de classe mobile composée de mini tablettes PC avec webcam intégrée, de portables tactiles pouvant être utilisés comme une ardoise ou un tableau numérique, et de tableaux numériques interactifs.

Les équipes du site d’Orange Lab installés dans les locaux historiques de France Télécom R&D travaillent sur les nouvelles générations d’infrastructure (LTE – Long Term Evolution, fibre) et les nouveaux services créateurs de valeur grand public (communication, divertissement, vie pratique) et entreprise (cloud computing). Les « Jardins de l’Innovation » d’Orange permettent de faire partager les avancées technologiques du groupe avec le plus grand nombre.

Interview Francophone : Comment envisager un modèle européen d’innovation ?

André Santini :
Dans les pays technologiquement avancés comme les Etats-Unis, le Canada (qui a résorbé son déficit budgétaire en 5 ans), la Corée du Sud, le Japon, ceux de Scandinavie, les plus grands dirigeants politiques s’impliquent personnellement. Si la Commission Européenne s’est dotée d’un Commissaire à la Société de l’Information, en Corée, c’est le Président de la République lui-même qui préside le Conseil National de la Science et de la Technologie, celui-ci définissant les priorités pour l’affectation des crédits budgétaires et coordonnant les politiques technologiques, avec la participation des ministres de la Recherche, de la Communication et de l’Industrie. Depuis 2004, le Ministre de la Recherche a rang de vice-Premier Ministre, ce qui lui donne autorité pour coordonner les politiques scientifiques et technologiques.

En effet, bien qu’au sein de l’UE les « champions de l’innovation » obtiennent d’excellents résultats au niveau des dépenses privées de R&D et d’autres indicateurs liés aux activités des entreprises, l’UE de manière plus générale ne parvient pas rattraper l’écart en matière d’innovation avec ses principaux concurrents internationaux, à savoir les États-Unis et le Japon. Elle est également rattrapée par la Chine, tandis que le Brésil réalise des progrès constants…

Coordonner la politique de l’innovation, c’est aussi accélérer la mise en place de l’administration électronique dans tous les domaines, et pas seulement au bénéfice du budget de l’Etat, en associant davantage les collectivités territoriales (régions, départements, communes), les entreprises, les centres de recherche et les universités, et en s’engageant avec l’Europe pour développer la société numérique.

Interview Francophone : Comment envisager l’Europe de l’innovation ?

André Santini :
Face aux « géants de la recherche » que sont les Etats-Unis, le Japon et désormais les BRIC, il est primordial que l’innovation et de la R&D deviennent des priorités stratégiques à l’échelle européenne pour favoriser l’emploi et relancer la croissance.
Dans cette optique, Les Etats membres ont été encouragés à consacrer 3% de leur PIB à l’innovation d’ici à l’horizon 2020. Cet effort devrait créer 3,7 millions d’emplois et accroître le PIB annuel d’environ 800 milliards d’euros .
Selon moi, les priorités aujourd’hui sont la modernisation du régime européen de propriété intellectuelle, l’organisation de politiques de recherche européenne et nationales plus cohérentes, la réduction des formalités administratives et des obstacles à la mobilité des chercheurs, la mobilisation des acteurs (européens, nationaux et régionaux, publics et privés) dans le cadre de partenariats d’innovation européens visant à relever les défis sociétaux tout en permettant à l’Europe de dominer la scène mondiale, et la modernisation des normes en vue de favoriser l’interopérabilité et l’innovation.

Certaines de ces pistes font partie des éléments clés de « l’Union de l’innovation ». Je considère cette initiative – lancée en 2010 par la Commission européenne – comme hautement stratégique.
Cette Union de l’innovation concentrera les efforts de l’UE sur les grands défis de l’innovation. Elle aura recours à l’intervention du secteur public pour stimuler le secteur privé et lever les obstacles qui empêchent les idées de trouver une application concrète sur le marché. Ces obstacles sont le manque de financement, la fragmentation des systèmes de recherche et du marché, le recours insuffisant de marchés publics pour l’innovation et la lenteur des procédures de normalisation.

Pour résumer, la vocation de l’Union de l’innovation est de transformer les idées en emplois, en croissance verte et en progrès social.

Dans ce contexte, quatre axes ont été définis par la Commission : la coopération (recherche conjointe dans les domaines de la santé, de l’alimentation, de l’agriculture, de la pêche, de la biotechnologie, des TIC, de l’énergie, de l’environnement, des transports) les idées (création du Conseil européen de la recherche, qui finance la science exploratoire), les personnes (encourager les jeunes chercheurs à travers les bourses pour la formation tout au long de la vie et le développement de la carrière, les partenariats entre les mondes économique et universitaire…) et les capacités (financement des infrastructures de recherche, R&D dans les PME…).
À l’avenir, la capacité de l’UE à être un moteur de l’innovation et un modèle en matière de produits, de services, de commerce et de processus sociaux conditionnera de manière déterminante notre niveau de vie.

Pays:

Source:

Commentaires clos