Un dirigeant francais visionnaire au cœur des solutions de l’évolution du modèle socio-économique !

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Interview en exclusivité pour Interview Francophone de JEAN – LUC PLACET
Président de la Fédération SYNTEC, France

Ingrid Vaileanu

Interview Francophone
Quels sont les nouveaux enjeux d’évaluation pour assurer une reconnaissance des entreprises et des territoires responsables valorisant à la fois le capital humain, le capital naturel et le capital financier? (Quelle place envisager par exemple pour la co-évaluation (avec les parties prenantes) comme stratégie de démocratisation des enjeux d’évaluation au sens d’évaluation participative?)

Jean-Luc PLACET

Cela fait déjà quatre ou cinq ans que les chefs d’entreprises ont commencé à envisager d’autres types d’enjeux que la croissance purement économique. Les enjeux sociaux et environnementaux ne sont pas une nouveauté, mais ils n’ont jamais été évoqués comme c’est le cas aujourd’hui. L’approche actuelle des enjeux du développement durable remet au centre des préoccupations de nos sociétés la question de l’évolution à long terme des individus en entreprises. Comment comprendre et accompagner cette évolution ? Comment la problématique de la croissance interroge la gestion du capital humain qui devient un élément clé de la stratégie des entreprises ? Les entreprises ont compris qu’une stratégie purement financière n’existait plus. L’enjeu d’aujourd’hui est de mettre en cohérence les stratégies de gestion des différentes formes de capital : humain, financier, voire politique.

La question de l’évaluation est centrale pour les chefs d’entreprises. Leurs bilans et leurs objectifs suivent des schémas plus ou moins standardisés d’évaluation à moyen et à long terme. Plus l’entreprise est petite, plus la temporalité de ces objectifs est courte. A l’inverse, une entreprise plus grande pourra se fixer des objectifs quantifiables à long terme.

Un autre élément qui permet de différencier les approches temporelles dans l’évaluation des entreprises est la spécificité régionale. Quand le centre d’une entreprise est en Europe, il est plus facile d’envisager son évolution sur une trajectoire de long terme qu’en Asie. En générale, les chefs d’entreprises considèrent que l’environnement d’affaires est meilleure en Asie qu’en Europe où il est certes est bon, mais complexe. Toutefois, les conditions d’affaires en Asie évoluent vers une sophistication et une complexité déjà perceptible.

Au début des années 1950, les entreprises se projetaient à 10 ans. Puis, à cause des diverses crises qui se sont succédées, elles ont réduit leurs projections à un horizon de 5 ans. Aujourd’hui, il semble que l’on revienne à une temporalité de plus long terme, autour de 10 ans. Cette approche des enjeux de la temporalité est différente selon les sociologues, les économistes ou les financiers : chacun d’entre eux a un angle d’analyse différent. En tout état de cause, les entreprises envisagent de nouveaux horizons, souvent multiples. Ceux-ci sont essentiels pour comprendre les trajectoires et les stratégies des entreprises.

Interview Francophone
Quel impact sur l’évaluation de la croissance mondiale si l’on s’engage sur des changements structurels en adoptant de nouvelles approches d’évaluation de la “valeur territoriale” au sens d’une territorialisation même des enjeux d’évaluation (par exemple adopter le Bonheur National Brut au Bhoutan – Joseph Stiglitz)?

Il est important de comprendre les coûts sociaux, les fractures sociales, non pas comme de simples coûts mais comme des fonctions croissantes capables d’influencer l’évolution des stratégies des entreprises. Il faut comprendre que les chefs d’entreprises sont pragmatiques et très attentifs aux changements. Qu’est-ce qui change ? : La matière, les hommes, les marchés, les politiques ? Par exemple, en Chine, c’est la dimension politique qui est importante, l’influence grandissante de la classe moyenne émergente et la sophistication du marché. Il faut pouvoir identifier les tendances de chaque marché. Par ailleurs, on constate un retour de l’universel en économie. Les marchés sont des résultantes d’un tout qui englobe plus de dimensions et de complexité qu’avant.

Il y a des territoires prometteurs qui peuvent gérer des contradictions, par exemple l’Europe et les Etats-Unis. En Europe, on constate un décalage entre le niveau de vie grec par rapport aux autres pays de l’Union européenne, mais cette contradiction semble supportable. A l’inverse, le devenir d’autres territoires est en question à cause d’une incapacité à gérer les différences et les tensions. Que deviendra l’Egypte ou Algérie ? Chaque territoire fait face à des enjeux propres : la Turquie est un pays avec un grand potentiel tout comme le Japon qui a par contre un certain problème de démographie ; en Chine, se pose la question des liens entre les citadins et les paysans et la gestion des intérêts variés des différents acteurs de la société en Asie.

On doit ainsi comprendre que le Territoire et son poids sont la résultante de plusieurs enjeux qui sont interprétés au niveau local et doivent être mis en cohérence. De plus, le capitalisme moderne doit s’appuyer sur les cultures locales pour favoriser le développement d’un territoire. La coopération ne va pas de soi ni à l’intérieur d’une entreprise, ni sur le marché ou dans un territoire. Les chefs d’entreprises doivent donc expliquer les enjeux de l’entreprise à leur personnel ou bien aux acteurs du territoire.

Les niveaux de rémunération sont différents selon le marché, mûr ou en développement. Ces différences entre les marchés sont parfaitement identifiées et diagnostiquées par les acteurs économiques. Pour autant, elles ne pèsent pas encore dans la prise de décision.

La pression écologique va certainement changer les décisions des acteurs économiques. La difficulté réside alors dans l’anticipation des changements.

Interview Francophone :
Quels modèles d’innovations pour assurer une croissance durable? (Comment développer une culture scientifique et de nouvelles « capabilités » (Sen) pour assurer un environnement propice à l’innovation : des acteurs qui ont envie de faire évoluer les choses?)

Jean-Luc PLACET

La pression pour l’innovation est une résultante et non pas un but en soi. L’entreprise innove parce qu’elle n’a pas le choix. L’un des enjeux de la compétitivité des économies occidentales porte aussi sur l’innovation sociale et sociétale : celle-ci remet l’humain au centre des enjeux économiques comme source de création et de partage de la valeur.

L’innovation sociétale soulève également des interrogations sur la place de l’entreprise dans le territoire et auprès des territoires. L’un des moteurs de l’innovation porte sur l’ouverture de nouveaux marchés. Pour s’implanter dans des nouveaux territoires, il faut savoir écouter et comprendre l’évolution de la demande et oser prendre des risques pour y répondre. C’est pour cela que le marketing sera la plus importante solution pour innover dans l’avenir.

Le crédit impôt recherche répond à la problématique du coût de travail élevé en France. Le problème est que lorsqu’on supprime des niches il faut créer d’autres niches qui puissent bénéficier du crédit impôt recherche ; par exemples dans le domaine de l’innovation des services.

Par exemple, les innovations numériques dans les différents secteurs civils peuvent soutenir les enjeux de compétitivité des entreprises et faire évoluer les services. « The medium is the message » et l’innovation se fera certainement là.

Interview Francophone

Quelle nouvelle gouvernance pour assurer la croissance des entreprises et des territoires en respectant l’environnement et les valeurs sociales ? Quelle est la nouvelle relation avec le client et les parties prenantes et comment les entreprises et les territoires arrivent à créer une « valeur territoriale » partagée (surtout en termes de valeur immatérielle non marchande)?

Jean-Luc PLACET

Les enjeux de gouvernance se posent, d’une part, entre les entreprises et les territoires, et d’autre part, entre l’entreprise et le marché. Il est important pour les entreprises d’être cohérentes dans leurs pratiques, de rester autonomes sur leur marché et d’apporter des réponses aux besoins des territoires. La crainte de l’entrepreneur porte sur la dispersion, l’incapacité d’orquestrer toutes les parties prenantes qui construisent la valeur.

L’entreprise est comme une symphonie et il va falloir passer de l’écriture symphonique à l’écriture du jazz perçue comme plus aléatoire. L’enjeu est de savoir intégrer les asymétries des acteurs, les structures autonomes et les systèmes de régulations pour trouver un équilibre global d’ensemble, celui-ci étant devenu plus difficile à construire et à entretenir.

Le chef d’entreprise doit communiquer avec toutes ses parties prenantes sur ce qui peut être mis en œuvre, sur les besoins de l’entreprise… Surtout, il doit pouvoir négocier ouvertement et mettre à jour certaines contradictions qui pourraient exister. Les acteurs de l’entreprise doivent choisir une approche cohérente s’ils veulent avancer ensemble.

La qualité des chefs d’entreprises se reflète dans la qualité des équipes mais aussi dans la qualité du dialogue avec les conseils d’administration par exemple. L’importance du dialogue entre les fonctionnels et les opérationnels est aussi évidente que le dialogue des acteurs sur un territoire : deux réalités s’affrontent, celles des entreprises et celles des territoires. Toutes les parties prenantes doivent comprendre que dans l’évolution de nos sociétés actuelles une négociation vaut mieux qu’un affrontement.

En ce qui concerne la gouvernance des territoires, les mêmes démarches de diagnostic que pour l’entreprise sont à envisager. Le maire ou le préfet doivent apporter de la cohérence aux enjeux de croissance.
La difficulté est que l’administration et les responsables politiques et territoriaux connaissent mal l’entreprise. Souvent l’entreprise et le territoire ne se comprennent pas. L’exemple du luxe est très intéressant parce que l’exigence de qualité demande une relocalisation de la production en France. C’est donc le territoire qui est mis en avant. En général, les secteurs à forte valeur ajoutée, comme le luxe et les services, suppose une forte proximité territoriale.

L’émergence d’une stratégie relève tout d’abord de l’intégration et de l’appropriation du changement par l’équipe. Cela ne peut pas se faire sans les hommes et les femmes de l’entreprise. La recherche d’un consensus entre les parties prenantes ralentit le processus de changement mais peut accroître son intensité car elle suppose l’appropriation et la participation de tous. Je considère que l’une des dimensions essentielles de l’innovation est la capacité de pilotage des hommes par les acteurs de l’innovation. La gouvernance doit être ouverte à d’autres types d’acteurs et sans se laisser envahir par le politique mais en éduquant le politique.

L’apport d’un cabinet de conseil réside tout d’abord dans la qualité du diagnostic réalisé pour une entreprise, la capacité de poser les questions pertinentes, de trouver les enjeux d’amélioration et croissance et de révéler les lacunes. C’est ensuite que l’accompagnement intervient comme outil d’amélioration. Pour cela, il faut avoir les managers, les financiers, les salariés capables d’appréhender les enjeux de changement. Le rôle des consultants européens est d’aider grâce à leur expérience dans les pays occidentaux, à améliorer la compétitivité des entreprises dans tous les marchés et au niveau global.

Interview Francophone
Comment changer les relations de transactions vers des relations de coopération et quels sont les impacts sur la création et le partage de la richesse? Comment peut-on imaginer l’impact des nouvelles formes d’organisation du travail collaboratif (télétravail, par exemple) et comment cela va influencer la santé et la productivité?
Jean-Luc PLACET

Il y a un effort d’éducation sur les entreprises tout comme l’humanité a fait un effort sur la lecture. L’entreprise est comme la civilisation : on a besoin des lecteurs de cette entreprise – civilisation. On a besoin de lire les entreprises.

On a besoin ensuite des docteurs de l’entreprise pour guérir cette civilisation-entreprise. Entre le politique trop sommaire et le marché trop utilitariste, l’entreprise doit créer l’histoire de nos sociétés en répondant à des besoins de travail, des produits, des services, etc.

Interview Francophone
Quel modèle économique pour évaluer et faire partager la valeur coproduite avec les clients et les parties prenantes (lors des relations de coopération – co – conception, co-production, co-évaluation)?
Jean-Luc PLACET

Le modèle économique est l’un des éléments qui permet de comprendre le diagnostic de l’entreprise. Le modèle économique doit ainsi lire et exprimer les besoins. La relation au consommateur évolue également. Après l’avoir ignoré pendant longtemps, le consommateur a pris de plus en plus d’importance, jusqu’à être idolâtré. Aujourd’hui, il doit être mieux informé et éduqué. Par exemple, il exige des tarifs moins chers mais craint les délocalisations ; il faut qu’il comprenne en quoi cela peut être contradictoire.

Interview Francophone

Comment passer de la vente des produits et des services (sur la base des relations de transaction) à la vente de performance (relevant d’une relation servicielle à triple temporalité et qui inclut produits et services intégrées) – au sens de l’économie de la fonctionnalité par exemple?

Jean-Luc PLACET

Avec la raréfaction et l’augmentation des prix des matières premières, le rapport des consommateurs aux produits a évolué : on peut imaginer le consommateur conserver un produit plus longtemps ou bien louer un équipement plutôt que de l’acquérir.

De nouvelles formes de consommation sont en train d’apparaître : le velib, le co-voiturage, la co-utilisation. Les citoyens sont aussi en train de changer d’approche et, en tant que consommateur, ils influencent l’évolution de l’offre.

Une entreprise devient dans ce nouveau contexte une véritable civilisation et même une religion et nos sociétés ont besoin de véritables traducteurs de ces civilisations-entreprises : qu’ils soient des économistes, des sociologues, des politiques, des consultants, des chefs d’entreprises.

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