Burkina Faso / Armée Nationale : Les dessous d’un anniversaire ensanglanté

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On ne saura sans doute jamais ce qui s’est réellement passé le vendredi 31 octobre 2003 à Bobo Dioulasso lors de la cérémonie de retraite aux flambeaux entrant dans le cadre de la commémoration du 43è anniversaire des Forces armées nationales. Plus de 200 personnes ont été brûlés par les flambeaux à des degrés divers sans qu’on ne sache s’il s’agit d’un accident malheureux ou d’un incident provoqué. Malgré la rétention des informations, de nombreuses supputations ont cependant cours dans la ville de Sya. Il semble que pour cette fois-ci, toutes les mesures de sécurité requises à ce genre de cérémonie n’auraient pas été prises ; ce qui aurait provoqué l’irréparable. De nombreux témoignages recueillis à Bobo-Dioulasso indiquent par exemple que les flambeaux étaient laissés à la portée de n’importe quel quidam qui voulait se joindre au cortège, y compris les bambins qui s’en sont donné à cœur joie avec les conséquences que l’on connaît. Il n’est pas exclu également, que la retraite aux flambeaux ait été infiltrée par des pyromanes qui ont profité du cafouillage monstre pour atteindre leur objectif qui était de saboter l’anniversaire des forces armées. Le Premier ministre Paramanga Ernest Yonli, présent sur les lieux du drame au moment des faits s’est réjoui qu’on n’ait pas à déplorer aucune victime. Pourtant, plus de 200 personnes ont été léchées par les flammes.

La Télévision nationale du Burkina a eu plus de chance que tous les autres médias présents à Bobo-Dioulasso à l’occasion de la commémoration du 43è anniversaire des Forces armées nationales. Elle seule a pu présenter les images atroces des gens brûlés qu’on évacuait d’urgence vers l’hôpital Sourou Sanou. Le journaliste reporter a trouvé dans la cérémonie commémorative un scoop dans la manière dont s’est déroulé l’événement, ce qui n’a toutefois pas été du goût des autorités de ce pays. Puisqu’après la diffusion de l’élément et la conférence de presse du chef d’Etat-major général des armées, le colonel Traoré, conférence de presse que le premier reportage a sans doute suscité, on assiste depuis, à un verrouillage systématique des informations sur cette affaire. A part les images télévisuelles, aucun autre journaliste, aucun photographe n’a pu immortaliser l’événement, même le photographe agréé pour la manifestation n’a pu le faire. Nous nous sommes rendu à Bobo-Dioulasso dans le secret espoir d’avoir des informations de première main sur ce qui s’est réellement passé. Ni le directeur de l’hôpital, ni le Dr Diallo qui était fortement impliqué dans l’organisation des manifestations commémoratives des 43 ans des Forces armées nationales, encore moins le directeur régional de la police, ne nous a donné la moindre information. Tout le monde a tenté de mettre cela sous le coup du secret militaire.

On a l’impression que tout a été organisé pour que la presse ne puisse pas avoir accès à certaines informations, laissant donc la ville de Sya dans le doute le plus complet sur cet événement. L’homme de la rue s’interroge sur beaucoup de points. Pourquoi par exemple la présence de nombreux enfants dans une cérémonie aussi prestigieuse et aussi sérieuse organisée par l’armée nationale ? Que signifie aussi cette présence massive des femmes dans le cortège de la retraite au flambeaux toutes habillées en tenues militaires mais portant des hauts talons à la place des pataugas et des rangers ? Enfin, pourquoi ceux qui ont confectionné les flambeaux n’ont pas daigné utiliser tous les matériaux entrant dans leur fabrication ?

Présence massive des femmes et des enfants

Un policier qui a demandé strictement l’anonymat ne comprend jusqu’à présent pas comment le feu a pu se déclencher pour brûler tant de monde. Il a toutefois apporté quelques réponses à certaines questions posées plus haut. Concernant la présence des femmes et des enfants dans le cortège, il semble que les enfants et les épouses des militaires ont toujours été associés à cette cérémonie de retraite aux flambeaux. Mais vu le nombre impressionnant d’enfants présents dans la foule, l’on pense qu’il y a eu des infiltrations d’autres bambins en plus de ceux des militaires. Le policier lui-même était dans le cortège, mais heureusement pour lui, l’incendie s’est déclenché quelques mètres plus loin. Après le désordre que l’incendie a créé dans les rangs de ceux qui faisaient cette retraite aux flambeaux, il n’entendait que des cris et voyait des gens courir dans toutes les directions. C’est bien après qu’il a appris que c’est un enfant qui aurait jeté son flambeau dans la foule qui, prise de panique, a commencé à son tour, à jeter les boîtes enflammées, créant ainsi l’incendie ravageur.

Mlle Sib, elle a assisté en direct à l’incendie provoqué par les flambeaux vers le RAN Hôtel de cette ville. Elle était assise dans un « maquis » non loin de là lorsque, brusquement elle a aperçu les gens qui ont déserté le cortège pour courir dans tous les sens à la recherche d’eau. Certains sont même arrivés dans le « maquis » en réclamant de l’eau pour éteindre leurs vêtements en flamme. Elle soutient que le feu s’est déclaré dans trois endroits différents et à la même période. Mais des sources concordantes indiquent que c’est plutôt dans deux directions différentes que l’incendie s’est produit et au même moment. Que ce soit donc à trois endroits où à deux, il faut reconnaître que leur concomitance a quelque chose d’assez troublant ; ce qui pourrait donner raison à ceux qui pensent que la retraite aux flambeaux a été infiltrée par des gens mal intentionnés dans le but ultime de saboter l’anniversaire et créer d’autres troubles. Si tel est le cas, il faut dire que le coup a réussi puisque plus de 200 personnes ont été brûlées à différents degrés. L’enquête ouverte par la gendarmerie, si elle est bien menée ; devrait infirmer ou confirmer cette hypothèse.

Trois itinéraires deux incendies

Oumar Traoré a été un témoin oculaire de ce drame qui a gâché la joie de la grande muette à l’occasion de cet anniversaire fort médiatisé. Il raconte ce qu’il a vu : « J’étais garé sur le bas côté de la Rue de la Concorde pour mieux admirer le cortège qui venait de terminer l’avenue Charles De Gaulle et avait abordé la rue de la Concorde. Il faut que je précise que le cortège a quitté la Place de la Nation pour aller dans trois directions différentes. J’étais surpris de la présence de nombreux enfants mais aussi de nombreuses femmes en tenue. Il faut dire que c’est l’une des premières fois que j’assiste de près à une retraite aux flambeaux. Mais du coup j’étais intrigué par la présence massive d’enfants. Il semble que les militaires ont fabriqué plus d’un millier de flambeaux et toute personne qui arrivait pouvait s’emparer d’une boîte enflammée. Mon frère qui était dans le cortège m’a confirmé par la suite que c’est une femme qui est à la base de l’incendie. Elle était en tenue militaire mais marchait sur des hauts talons. A un moment elle a trébuché et elle a lâché son flambeau dans la foule. Dans la panique, tout le monde a jeté le sien et les marcheurs ont commencé à courir. C’est à ce moment que les sapeurs pompiers qui étaient dans le cortège sont retournés chez eux pour revenir avec les véhicules qui luttent contre les incendies « .

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