« À défaut de disparaître, la presse francophone a tendance à reculer sévèrement »

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La presse francophone est en crise, en danger. Ce cri d’alarme a été lancé par un panel de journalistes réunis ensemble sous l’égide de l’OIF (Organisation internationale de la francophonie) à l’occasion de l’ouverture du Salon francophone du livre à Beyrouth.
Pour Tidiane Dioh, responsable des programmes médias au sein de l’OIF, « il existe des liens forts et historiques entre la langue française et les médias de la région ». Non seulement il y a plus de 150 publications en français, mais la presse francophone y est présente depuis l’arrivée de Napoléon en Égypte. Mais, ajoute-t-il, « il y a danger. À défaut de disparaître, la presse francophone a tendance à reculer sévèrement dans cette partie du monde ». Et d’ajouter que « le rôle de l’OIF dans ces circonstances est de faire en sorte que ce recul puisse s’arrêter, afin que la presse francophone dans cette région du monde ne soit plus dans une position défensive, mais offensive ».
Le but de ces réunions avec les professionnels des médias est de rassembler, établir l’état des lieux, repérer les problèmes en vue de proposer des solutions, ajoute-t-il.
À quelques semaines du Sommet de la francophonie qui se tiendra à Dakar, M. Dioh espère ainsi alerter les autorités afin d’aider et de soutenir la presse francophone dans le monde arabe.

Défendre des valeurs
L’importance de la presse francophone réside non seulement dans son apport pour la sauvegarde de la langue française, mais aussi et surtout pour sa défense des valeurs démocratiques, d’un projet de société et d’une éthique professionnelle.
Taïeb Zahar, président de la Fédération tunisienne des directeurs de journaux, revient sur l’expérience de la presse francophone dans son pays, qui a joué un gros rôle en Tunisie, bien qu’elle ne représente que 35 % de la presse écrite en général (alors qu’il y a une trentaine d’années, elle représentait 50 %). M. Zahar estime néanmoins que la presse francophone a su maintenir qualité et crédibilité et ses valeurs.
De son coté, Hicham Mourad, d’Ahram Hebdo, déplore lui aussi le déclin de la presse francophone en Égypte.
Côté liberté de parole, il estime toutefois que la presse francophone a toujours eu une marge (variable) de manœuvre et de liberté, plus grande que celle de la presse arabe, qu’il s’agisse sous le régime de Moubarak, de Morsi ou maintenant de Sissi.
Reste enfin que la presse francophone écrite au Moyen-Orient a subi la même crise que la presse écrite au niveau mondial, notamment concernant la chute de la vente du papier et l’invasion du numérique.
Sibylle Rizk, rédactrice en chef du Commerce du Levant, revient sur ce point, ajoutant que la presse au Liban subit, en plus, les graves conséquences de la crise politique et économique dans le pays du Cèdre qui se répercute essentiellement sur les ventes et sur les recettes publicitaires qui fondent à vue d’œil. Pour faire face à ces deux crises, « il faut réinventer un nouveau modèle économique ». Or, pour la presse locale, c’est un travail très difficile à réaliser, surtout que « nous n’avons pas les moyens financiers de le faire à l’instar des grands journaux mondiaux ».
En tout état de cause, les intervenants sont d’accord pour afficher un certain optimisme concernant la version papier : la fin n’est pas pour bientôt. « Tout dépend de la région du monde. Pour nous, ce n’est sûrement pas avant cinquante ans », conclut Tidiane Dioh.

 

Antoine AJOURY | OLJ

 

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