États généraux sur la francophonie manitobaine : les nombreux défis des jeunes

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De nombreux jeunes francophones du Manitoba font face à des défis quotidiens dans la pratique du français. Le sujet fera certainement l’objet de discussions durant les états généraux de la Société franco-manitobaine qui commenceront samedi.

Richard Fontaine tente parfois de lire des livres en français à son fils Calan, mais la tâche n’est pas toujours facile. « Je lui parlais un petit peu en français quand il était bébé. À mesure qu’il a commencé à apprendre l’anglais, je lui parlais de plus en plus anglais, parce que c’est la langue qu’il parle le plus facilement », explique-t-il.

Ce genre de situation suscite beaucoup de questionnement de la part de M. Fontaine. « C’est très difficile parce que le français ne fait pas partie de ma vie dans une grande mesure. Je n’écoute pas souvent les nouvelles ou la radio en français. Pour moi, le français se retrouve parfois dans des rencontres familiales. »

Diplômé de la première cohorte de la Division scolaire franco-manitobaine, Richard Fontaine ne travaille pas dans un milieu francophone. Il s’est établi dans un quartier anglophone et ne participe pas activement aux activités de la communauté francophone. La femme de M. Fontaine, Solia, a une compréhension de base du français, mais n’est pas assez confiante pour le parler.

« Nous croyions que l’apprentissage du français allait se faire plus naturellement. Je m’étais dit que l’influence de Richard au foyer allait suffire, mais ce n’est pas aussi facile que ça », dit-elle.

Une dure réalité

Ce portrait, représentatif de ce que vivent de nombreux jeunes adultes francophones au Manitoba, pose un défi de taille à la communauté.

Depuis les années 80, le nombre de Franco-Manitobains qui parlent français à la maison est passé de 60 % à 42 %. Au sein de la Division scolaire franco-manitobaine (DSFM), plus de 50 % des élèves sont maintenant issus de familles exogames. Face à une telle situation, certains parents ont de la difficulté à transmettre le français à leurs enfants. De plus, l’omniprésence de l’anglais peut éroder la qualité du français.

Émile Hacault, qui a enseigné le français à trois générations de Franco-Manitobains, a vu de ses propres yeux les défis auxquels ils font face. « La grammaire est un problème. Le pluriel, le féminin, etc., mais aussi la syntaxe. Les problèmes les plus sérieux sont ceux entourant la syntaxe. Et ce problème a toujours existé dans les milieux minoritaires », explique-t-il.

Plus que jamais, les Manitobains sont exposés au français, grâce en grande partie à la hausse fulgurante d’inscriptions dans les écoles d’immersions. Selon Émile Hacault, cela comporte autant de défis que d’espoir. « La qualité du français n’est pas à son mieux, mais je me rends compte malgré tout que les gens de l’immersion, qui étaient à l’université quand j’étais là, font quand même un grand effort d’apprendre le français correctement. »

Dans moins d’un an, Richard Fontaine et sa femme devront décider s’ils enverront Calan à une école francophone ou d’immersion. Le français n’est qu’un facteur parmi bien d’autres qui pèse dans la balance. « S’il s’agissait seulement d’une question entourant l’endroit, je choisirais l’école qui est plus proche, qui est dans notre quartier, où nos enfants pourraient marcher », avance Richard Fontaine.

Entre temps, le petit Calan fréquentera une garderie familiale francophone trouvée après des mois de recherche.

D’après un reportage de Jacques Marcoux à ne pas manquer au Téléjournal Manitoba

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