Le Dr Omoruto, une héroïne ougandaise de la lutte contre Ebola au Liberia

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Lorsque le Dr Anne Omoruto a débarqué en juillet au Liberia à la tête d’une équipe médicale ougandaise pour combattre Ebola, elle a découvert « des scènes de film d’horreur ». Au moment de son départ, le pays le plus touché espère enfin arrêter le virus.


Forte d’une pratique de 14 ans de cette redoutable fièvre hémorragique, Anne Atai Omoruto a formé, avec une douzaine de médecins et infirmiers ougandais, près d’un millier de soignants libériens à cette maladie jusqu’alors inconnue en Afrique de l’Ouest, pour le compte de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
« C’est ma vocation. Je me suis engagée à soigner les gens », résume simplement cette robuste femme de 58 ans, interviewée par l’AFP dans l’établissement qu’elle dirigeait, la clinique Island à Monrovia, la capitale, peu avant son retour dans son pays, à l’autre bout du continent, au début du mois.
Médecin de famille et chef du service de santé communautaire de l’hôpital Mulago de Kampala, elle a fait face à toutes les épidémies de choléra, de fièvre jaune, des fièvres hémorragiques du virus de Marburg ou d’Ebola – toutes les « maladies exotiques » qui se sont abattues sur l’Ouganda depuis 2000.
« Lorsque la région Afrique de l’OMS a lancé un appel aux ressources humaines pour aller au Liberia, j’ai répondu présente », explique-t-elle simplement.
Mariée et mère de cinq enfants adultes, elle a alors laissé sa famille pour aller former les soignants de l’hôpital JFK de Monrovia, le plus grand d’un pays cruellement dépourvu de médecins.
« Il y avait plus de cadavres que de patients vivants. Les gens mouraient chez eux, dans les marchés, dans la rue, les hôpitaux et dans l’unique centre de traitement d’Ebola qui existait alors », se souvient-elle avec le calme imperturbable qui paraît sa marque de fabrique.
Malgré tout ébranlée par cette épidémie d’une férocité inconnue, le Dr Omoruto travaillait au milieu d’une ambiance « d’incrédulité, d’impuissance et dans une certaine mesure, de panique » parmi la population, intervenant à la radio pour battre en brèche l’idée qu’il était impossible de survivre à Ebola.

– Lenteur de la réaction internationale –

Ce n’est pourtant que quasiment trois semaines après son arrivée que l’OMS, critiquée depuis le début de la crise pour sa passivité, finira par déclarer le 8 août l’épidémie « urgence de santé publique mondiale ». 
La directrice de l’OMS Margaret Chan a reconnu cette semaine une réaction trop « lente » à la catastrophe qui, en un an, a fait plus de 6.500 morts, à 99 % en Guinée, en Sierra Leone et au Liberia, dont près de la moitié dans ce dernier pays.
Car, comme l’a rappelé au début du mois le codécouvreur du virus, le microbiologiste belge Peter Piot, pour toucher la conscience mondiale, « il a fallu un millier d’Africains morts et deux Américains ramenés aux Etats-Unis (début août, NDLR) parce qu’ils avaient été contaminés » au Liberia en soignant des malades d’Ebola.
Mais en attendant la mobilisation des renforts médicaux et du matériel promis par l’ONU et les grandes puissances, les praticiens africains ont dû compter sur leurs propres forces face à l’explosion du virus en août et septembre, avec l’appui décisif de quelques ONG internationales, Médecins sans Frontières (MSF) en tête.
Dès son ouverture en urgence le 21 septembre pour désengorger les centres de traitement de Monrovia, obligés de refuser des malades, la clinique Island, d’une capacité de 120 places, sous la direction médicale du Dr Omoruto, s’est retrouvée débordée.
La médecin ougandaise confie avoir dû calmer les angoisses d’un personnel « la peur au ventre » devant les cadavres qui s’amoncelaient et peu habitué aux combinaisons antibactériologiques.
Le virus, qui se transmet par les fluides corporels, a décimé les soignants des pays touchés, particulièrement vulnérables en raison d’effectifs médicaux dérisoires: quelque 350 ont péri, plus de la moitié au Liberia.
Mais à force de courage et d’obstination, le nombre de morts et la propagation ont commencé à décliner, pour atteindre à présent un ou deux cas admis par jour, contre 25 au plus fort de l’épidémie.
Anne Atai Omoruto se remémore « beaucoup de jubilation et de chants » lorsque les premiers patients déclarés guéris sont sortis de la clinique Island.
Pour elle, sa mission ne s’arrête pas aux portes de l’établissement. « Je n’enlève ma blouse blanche que lorsque je suis au sein de la population, mais même à ce moment-là, je fais de la sensibilisation et je mobilise le soutien aux consignes du gouvernement contre Ebola », explique le Dr Omoruto.
Aujourd’hui rentrée en Ouganda, elle peut enfin savourer son « succès », partagé avec tous ses confrères. Le magazine américain Time a désigné collectivement les « combattants d’Ebola » personnalité de l’année 2014.

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