Valérie, infirmière, a affronté le virus Ebola

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Armée de son savoir-faire et de son courage, Valérie Tribolet, une infirmière de 57 ans, est partie en Guinée pour s’occuper de malades atteints d’Ebola et accompagner les équipes soignantes locales.

Cheveux aux reflets rougeoyants et attitude dynamique, Valérie Tribolet est une infirmière du centre hospitalier de Montauban, au sein du service de psychiatrie. Depuis 1979, Valérie exerce ce métier avec passion, «par vocation», se plaît-elle à dire. Mais en octobre dernier, son engagement a pris une autre dimension. Lorsqu’elle entend son téléphone sonner, elle ne se doute pas une seconde que cet appel va l’embarquer dans une aventure hors du commun. Une belle et grande aventure. Au bout du fil, un responsable de l’Établissement de préparation et de réponse aux urgences sanitaires (Éprus) lui indique qu’ils préparent le départ d’une équipe composée de médecins et d’infirmières pour aller ouvrir un nouveau centre de traitement du virus Ebola, en Guinée. «Cela fait deux ans que je suis réserviste pour cet organisme gouvernemental. Jusqu’à présent, je n’avais effectué que de simples formations, rien de plus. Quand j’ai entendu la proposition, je n’ai pas hésité une seconde et en quatre heures, tous les détails étaient réglés. J’étais prête à partir !», raconte l’infirmière.

Entre un et trois décès par jour dans le centre

Grâce au soutien indéfectible de son mari Hervé, ainsi que de ses collègues de travail, Valérie s’envole pour Paris moins d’une semaine après l’appel. Pendant quinze jours, les formations s’enchaînent entre Paris, avec l’Éprus, et Genève, avec la Croix-Rouge. Vient ensuite le temps du départ, le vrai cette fois. Direction Conakry, en Guinée. L’équipe de Valérie passe deux semaines dans un centre de traitement d’Ebola afin d’apprendre le fonctionnement et le travail dans une telle structure, bien loin de l’hôpital de Montauban. «Il faut un certain temps d’adaptation car je n’avais jamais travaillé dans de telles conditions. Il faut impérativement intégrer les consignes de sécurité afin de minimiser les risques pour nous aussi», explique Valérie Tribolet. Une fois cette étape passée, cap sur Macenta, une petite ville d’environ 43 000 habitants au sud-est du pays qui accueille un nouveau centre de traitement du virus, géré par l’Éprus et la Croix-Rouge. D’une capacité de 60 lits, ce centre comporte trois services : un pour les cas suspects, un pour les probables et le dernier pour les confirmés. «Chaque jour, nous avions entre un et trois décès… Le sentiment d’impuissance est grand mais j’ai tout fait pour que les malades se battent et gardent espoir. J’ai pu voir huit personnes guérir pendant ma mission. Finalement, j’arrivais plutôt bien à gérer la situation car on m’avait préparé à voir des choses horribles. Ce qui m’a le plus marqué c’est la solitude au moment de la mort… La famille n’a pas le droit de rentrer dans le centre et les équipes soignantes ne peuvent pas rester vraiment avec eux, ils n’ont personne à leurs côtés…», ajoute l’infirmière.

«Certains pensent que nous amenons le virus»

Un quotidien éprouvant mentalement et fatiguant physiquement. La chaleur ralentit les corps, les gestes sont plus lents, tout devient plus compliqué. «Même si les soins ne sont pas forcément très techniques, le fait d’avoir une combinaison intégrale, trop grande, augmente la difficulté. Donner à manger et à boire à un malade prend un temps fou. Et puis, la communication aussi… Si l’on sourit, cela ne se voit pas avec le masque. Il faut apprendre à faire des gestes d’apaisement avec un tel attirail.» Après une journée de travail, l’équipe se retrouvait dans une «base», à l’écart de la ville en raison de l’hostilité d’une partie de la population. «Les rumeurs circulent beaucoup, alors certains pensent que ce sont les Occidentaux qui amènent le virus, que les hélicoptères le répandent dans l’air. Du coup, le soir, nous parlions encore beaucoup d’Ebola tout en essayant de se détendre autour d’un morceau de guitare par exemple», détaille Valérie Tribolet.

Au final, l’infirmière montalbanaise sera restée quatre semaines dans le centre de Macenta, participant à l’accompagnement d’une équipe de huit infirmiers locaux qu’elle a eu «du mal à quitter».

À son retour, un sentiment de désœuvrement l’envahit, comme un grand vide après tant d’activité, de travail. Pour remédier à cela, après s’être reposée, Valérie va se remettre au service des autres à l’hôpital de Montauban. «Je suis pressée de retrouver mes collègues et mes patients», confie-t-elle avec sincérité. La vie va reprendre son cours mais la Guinée restera toujours gravée dans un coin de sa tête.

Et il y a fort à parier que chaque fois qu’elle entendra son téléphone sonner, elle espérera un nouveau départ. «Je suis prête à repartir n’importe quand», lâche-t-elle.

Tout est dit.

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