Madagascar : Les militaires et le pouvoir

Partager cet Article

Auteur:

La nomination du nouveau Premier Ministre, le Général de brigade aérienne, Jean RAVELONARIVO, pour diriger le deuxième gouvernement de la IVème République n’a pas manqué de susciter bien des réactions, comme il fallait du reste s’y attendre. Toute la gamme y était passée : du satisfecit plein et entier en passant par les approbations mitigées et du bout des lèvres, pour terminer avec une levée de boucliers, un tollé général et des tirs à boulets rouges sur le nouveau promu. Pour ce dernier cas, outre ceux qui se réfèrent au fameux article 54 de la Constitution dans la nomination du Premier ministre, il y a aussi ceux qui soulèvent l’opportunité de nommer un militaire au Palais de Mahazoarivo: Haro sur «L’Homme en Treillis» dont la vocation disent ils, devrait le confiner dans les casernes au lieu de siéger sous les lambris des Palais de la République pour s’y occuper de politique, à priori dévolue aux civils. L’on sait en effet que dans les annales de la République, ici comme ailleurs, les hommes en kaki, les hommes en treillis (formules usitées pour désigner les militaires, avec une nuance teintée de méfiance…), ont accédé au pouvoir souvent dans un contexte de crise institutionnelle : Coup d’État, putch, démission volontaire ou forcée du dépositaire légal et légitime du pouvoir, sans consultation populaire et démocratique. Et voilà le mot est lâché : La DEMOCRATIE, la panacée universelle censée guérir tous les maux, galvaudée à toutes les sauces, et sorte de sésame pour ouvrir les vannes des bailleurs de fonds pour déverser dans nos escarcelles toujours désespérément vides, les espèces sonnantes et trébuchantes pour lesquelles, bon nombre d’entre nous sont prêts à vendre leur âme… Et justement l’on ne se prive pas d’affirmer haut et fort que la sacro-sainte communauté internationale qui s’occupe de tout (de ce qui la regarde et de ce qui ne la regarde pas…) ne verrait pas d’un très bon œil un « homme en treillis » à la tête de l’exécutif (comme Président ou comme Premier Ministre). Donc exit les militaires…

Mais tout ce qui précède relève plus ou moins de la théorie. Voyons à présent les réalités déjà vécues : Chez nous, les hauts gradés de l’Armée ont accédé au pouvoir, effectivement dans des contextes de crise, extra constitutionnels:
– Le général Gabriel RAMANANTSOA en mai 1972
– Le Colonel Richard RATSIMANDRAVA en Février 1975
– Le Général Gilles ANDRIAMAHAZO, Et le Capitaine de corvette
(ou de frégate)
Didier RATSIRAKA, la même année 1975. Voilà pour les Chefs d’État. Quant aux Premiers Ministres, Chefs de Gouvernement, d’autres hauts gradés de l’armée se sont aussi succédé à la tête de la Primature :
– Le colonel Joël RAKOTOMALALA
– Le Général Désiré RAKOTOARIJAONA
– Le Colonel Victor RAMAHATRA
– Le Général Charles RABEMANANJARA
– Enfin le Général Camille VITAL.
A nous de dire si les Chefs d’État et les Chefs de gouvernement précités, tous des « Hommes en treillis » ont été des « dictateurs » ou pas, s’ils ont été efficaces ou pas en comparaison avec des civils ayant occupé des postes similaires. Et lorsque les circonstances ont conduit à faire appel à leurs services, c’est parce qu’ils étaient considérés (a tort ou à raison) comme les derniers remparts, quand tout s’écroulait : KITRO IFAHARANA, TANDROKA ARON’NY VOZONA, MANDA ARON’NY TANàNA.
Quant aux régimes occidentaux si sourcilleux en matière de démocratie, et où les militaires ne semblent pas en odeur de sainteté dans les arcanes du pouvoir (à telle enseigne par exemple en France, que même le Ministère de la Défense n’a jamais été confié à un militaire, mais toujours à un civil), l’exemple du Général Charles de GAULLE est-il l’exception qui confirme la règle Tout comme celui du Général Dwight David EISENHOWER aux États Unis En tout cas, les deux généraux étaient des Chefs d’État d’exception qui ont marqué de leur empreinte l’histoire de leur pays respectif Mais ceci étant, force est d’admettre que ce sont certaines républiques bananières du Tiers-Monde en Amérique latine, en Asie, et surtout en Afrique qui ont largement contribué à décrédibiliser les militaires à la tête du pouvoir. citons pêle mêle le Colonel KHADAFI (qui s’est emparé du pouvoir suprême à l’âge de … 27 ans !), les maréchaux autoproclamés IDI AMINE DADA, MOBUTU et autre BOKASA. La liste n’est pas close car sous d’autres cieux, des bouffons étoilés, sanglés dans des uniformes de carnaval, constellés de décorations en toc qu’ils se sont attribuées
eux-même, font plier et gémir leurs peuples sous leur sanglante férule. Mais des civils sont aussi « Capables » d’en faire autant. Donc, militaires ou civils, là n’est pas tellement la question. Du reste, aucune disposition de la Constitution n’exclut à priori les militaires de la direction du pays. Ce sont des citoyens à part entière. Le nouveau Premier Ministre Jean RAVELONARIVO est général de Brigade… aérienne. Espérons qu’il aura une vision large et élevée des choses publiques.
En tout cas, peu importe le képi. L’essentiel c’est ce qu’il y a en dessous !

Pays:

Source:

Commentaires clos