Afrique – Ebola : et si le changement climatique l’encourageait

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Par Houmi Ahamed-Mikidache

« De plus en plus d’études portent à croire que la propagation des microbes et d’autres pathogènes transmis par les chauves-souris aux humains se fait rapidement à cause du changement climatique et de la déforestation », relate la journaliste américaine d’investigation, Sonia Shah, dans un article intitulé, « La propagation de nouvelles maladies : le lien climatique » (The Spread of New Diseases: The Climate Connection), publié en octobre  2009. Dans son article, Mme Shah explique comment les perturbations sur l’écosystème et les interactions changeantes entre la faune et les êtres humains peuvent entraîner la diffusion de nouveaux agents pathogènes, ainsi que la transmission de maladies. Très documenté, cet article s’appuie, entre autres, sur les recherches de l’épidémiologiste et expert en santé publique Jonathan Epstein. Pour ce spécialiste de la recherche sur les maladies telles qu’Ebola, « l’équilibre naturel est perturbé dans les forêts par la transmission d’agents pathogènes venant des animaux sauvages au contact du bétail et des êtres humains ».

Le rôle des chauves-souris mis en exergue

D’après Mme Shah, « ces chauves-souris (roussette, Pteropus) sont habituellement perchées sur les feuillages, sur les branches des arbres dans les forêts tropicales ». La déforestation en Asie du Sud, en Australie et en Afrique équatoriale, conséquence de l’abattage du bois et de la culture sur brûlis par les fermiers, aurait des effets néfastes sur les êtres humains, selon la journaliste. « Environ 4 % des forêts tropicales du bassin du Congo ont disparu durant les seules années 90. Avec la terrible perte d’habitat naturel, plusieurs espèces d’animaux ont été pourchassés pour leur viande, par des villageois appauvris », rapporte-t-elle.Pour Wandile Kallipa, journaliste, spécialiste de l’environnement à la radio Channel Africa en Afrique du Sud, il existe un lien entre changement climatique et Ebola. « Des maladies qui ont été éradiquées refont surface avec le changement climatique », affirme-t-il.  Selon le journaliste sud-africain, la viande de brousse issue notamment du singe peut avoir des effets néfastes sur le corps humain. D’après Mme Shah, ces dernières années, « des maladies mortelles sont apparues en Malaisie et au Bangladesh à cause  des modifications des régimes climatiques, la pression démographique sur les terres et l’agriculture et l’exploitation forestière intensives ».  « Je ne suis pas certain que les arguments liant Ebola et le changement climatique soient vrais. Certaines idées me paraissent plutôt spéculatives que basées sur la science. Cependant, je suis d’accord que l’aggravation de l’insécurité alimentaire et de la pauvreté par le changement climatique peut contribuer à l’éclosion d’Ebola, sa propagation rapide et aux décès », souligne Jean Nduwamungu, professeur à l’université du Rwanda.

En avant, les chauves-souris insectivores

Une  étude allemande publiée il y a quelques semaines dans la revue sur les sciences biomédicales, EMBO Molecular Medicine, identifie les chauves-souris insectivores comme potentiels facteurs de l’expansion du virus Ebola. D’après les épidémiologistes de l’Institut Robert Koch de Berlin, des chauves-souris insectivores auraient contaminé un enfant dans le village de Meliandou, situé dans le sud-est de la Guinée. Âgé de deux ans, cet enfant est mort de l’épidémie en décembre 2013. C’est la première victime du virus.  D’après l’Organisation mondiale de la santé (OMS), plus de 8 000 personnes sont mortes dans cette région. Selon le chercheur Fabian H. Leendertz de l’Institut Robert Koch, en mission pendant quatre semaines au mois d’avril 2014 en Guinée, les enfants de Meliandou ont souvent joué devant un arbre où se trouvait une forte colonie de chauves-souris. Le virus Ebola connaît une nouvelle baisse depuis quelques jours.

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