L’épidémie de méningite à méningocoque continue dévoluer au Niger dans un contexte de pénurie de vaccins

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Auteur : Claude HENGY
Au Niger, selon le Ministère de la santé et Médecins Sans Frontières, la méningite à méningocoque du sérogroupe C continue à sévir (nouvelles du 1er mai et du 11 mai 2015). Plus de 7 500 cas suspects de méningite dont 479 décès ont été enregistrés depuis le début de l’année, soit une létalité (proportion de décès parmi les cas) de 7 %. Les enfants âgés de 2 à 15 ans sont les plus atteints. Niamey, la capitale, est la zone la plus touchée.
Rappelons que le Niger est un pays de la ceinture de la méningite (ou ceinture de Lapeyssonnie, médecin militaire qui l’a décrite), qui s’étend en Afrique sub-saharienne de l’Éthiopie à l’est jusqu’au Sénégal à l’ouest. C’est dans cette zone géographique que l’on enregistre les taux d’incidence de la méningite à méningocoque les plus élevés du monde (jusqu’à 300 cas pour 100 000 personnes par an). L’infection y est saisonnière et sévit entre les mois d’octobre et juin, lorsque souffle l’Harmattan, un vent chaud, sec et poussiéreux qui fragilise les muqueuses respiratoires.
Trois mois après le début de l’épidémie, la réponse vaccinale peine à se mettre en place. Pourquoi ?
L’OMS recommande de mettre en œuvre des campagnes de vaccination en cas d’épidémie. Les premiers districts du Niger touchés par l’épidémie ont franchi le seuil épidémique (10 cas pour 100 000 habitants en une semaine) mi-février. Cependant, la réponse vaccinale a été pour l’heure limitée : elle a concerné la ville de Niamey, qui a été partiellement vaccinée, et deux districts de la région de Dosso, pour un total d’environ 500 000 doses de vaccin utilisées.
Cependant à la date du 15 mai, 11 district sanitaires étaient en situation d’épidémie, sans que des campagnes de vaccination ne puissent y être menées.
• L’ampleur de l’épidémie a pris tout le monde de court, car depuis l’introduction du vaccin conjugué contre le méningocoque A, à partir de 2010, on n’avait pas assisté à une épidémie d’une telle ampleur au Niger.
• Le mécanisme mondial d’approvisionnement en vaccins n’était pas prêt à réagir à une telle épidémie.
• Le stock mondial d’urgence a été épuisé fin avril, à cause notamment d’une épidémie concomitante au Nigéria et en raison de l’annulation d’une livraison par l’un des producteurs.
• Il a donc fallu trouver en urgence d’autres solutions pour tenter d’accéder à des centaines de milliers de doses supplémentaires du vaccin. Celles-ci devraient être disponibles ces prochains jours.
• Pour compliquer la situation, des contrefaçons de vaccins contre la méningite circulent depuis plusieurs semaines au Niger. Ils sont sans danger pour l’organisme mais totalement inefficaces. Si le trafic est pour le moment circonscrit au Niger, l’Organisation mondiale de la santé vient de mettre en garde les populations. Les soupçons proviennent de lots de Mencevax (vaccin Méningo A+C+W+Y polyosidique), dont les dates de fabrication et d’expiration ne correspondent pas à celles des vaccins fabriqués par le laboratoire GlaxoSmithKline.
On croyait le problème de la méningite résolu grâce à un nouveau vaccin. Qu’en est-il ?
Le vaccin MenAfriVac, introduit progressivement en Afrique sub-saharienne depuis 2010, a été administré à plus de 200 millions de personnes dans la ceinture de la méningite. Il est très efficace contre les formes de la maladie dues au méningocoque du sérogroupe A. Ce vaccin conjugué a réduit le portage nasopharyngé du méningocoque, et par conséquent la transmission de personne à personne, de 98 %.
Son introduction a permis d’arrêter le cycle d’épidémies meurtrières à méningocoque de sérogroupe A dans la région. L’épidémie en cours au Niger, qui prolonge celle en cours au Nigéria voisin (nouvelle du 14 mars 2015), est la première épidémie de grande ampleur due au méningocoque C jamais enregistrée dans le pays.
De quels vaccins dispose-t-on contre la méningite ?
Pour vacciner contre le méningocoque C, en cause dans cette épidémie, il existe :
• Des vaccins polyosidiques, pouvant combiner plusieurs sérogroupes (A, C, W et Y). Malheureusement, ils ne confèrent qu’une protection d’une durée de trois ans. De plus, ils ne sont pas efficaces chez les enfants de moins de deux ans.
• Des vaccins conjugués pouvant combiner plusieurs sérogroupes (A, C, W et Y), qui confèrent une protection efficace pour toutes les tranches d’âge et qui diminuent le portage nasopharyngé, empêchant donc la transmission de personne à personne. Mais leur prix très élevé (22 euros par dose environ), ce qui rend leur utilisation à grande échelle difficile.
Quel est le mécanisme d’approvisionnement en vaccins contre la méningite ?
Après les épidémies meurtrières de méningite à méningocoque A de 1995-1996 en Afrique de l’Ouest, les plus importantes jamais enregistrées avec au moins 250 000 cas et 25 000 décès, un mécanisme d’approvisionnement et de gestion des stocks mondiaux a été mis en place début 1997. Le Groupe international de coordination pour l’approvisionnement en vaccins, composé de représentants de l’Organisation mondiale de la santé et d’organisations humanitaires, est en charge d’assurer la disponibilité et l’utilisation efficace des vaccins lors de la réponse aux épidémies de méningite.
Le Groupe international de coordination décide de l’attribution des vaccins selon une évaluation des priorités et uniquement en fonction des données épidémiologiques dans les zones affectées. Ce rôle d’arbitrage est essentiel lors d’une épidémie, quand la pression sur les autorités de santé locales peut-être forte. Cette année, il avait prévu un stock de 1,5 million de doses de vaccins, mais 800 000 doses seulement étaient réellement disponibles en début d’année, dont 310 000 ont été utilisées au Nigéria.
Comment prévenir d’autres épidémies de ce type à l’avenir ?
La vaccination n’est que l’un des éléments du dispositif de prévention et de contrôle des épidémies. Les autres éléments sont la détection et la confirmation précoces des cas suspects, la collecte et le partage rapide des informations, et une prise en charge adéquate des cas confirmés. Nous sommes pour l’instant loin de pouvoir vacciner les populations contre tous les sérogroupes responsables d’infection invasive à méningocoque. Que ce soit pour répondre aux épidémies ou pour mettre en place une stratégie préventive, il est nécessaire de disposer de vaccins conjugués contre les souches A, C, W et Y à des prix abordables et en quantité suffisante.
L’exemple du MenAfriVac est en ce sens un modèle à suivre : conçu et développé pour une utilisation en Afrique sub-saharienne, ce vaccin conjugué confère une protection longue contre le méningocoque A, protège également les enfants en bas âge, peut être conservé en dehors d’une chaîne du froid et ne coûte que 50 centimes de dollar.
Mesures pour le voyageur
Pour les voyageurs, le ministère français des affaires étrangères recommande fortement la vaccination contre la méningite avant de se rendre au Niger (nouvelle du 11 mai 2015), mais aussi pour se rendre au nord du Bénin ou au Burkina Faso (nouvelle du 16 mai 2015) en raison des risques d’extension de l’épidémie dans cette zone.
Il est recommandé de vacciner les voyageurs avec un vaccin méningococcique quadrivalent conjugué (Menveo ou Nimenrix).
Sources : Promed, Média, Médecins Sans Frontières.
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