Intégration africaine : vers un traité de libre-échange englobant trois blocs régionaux

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Le rêve d’un marché africain du Cap (Afrique du Sud) au Caire (Egypte) commence à prendre forme avec la signature prévue le 10 juin en Égypte d’un traité de libre-échange englobant trois blocs régionaux qui couvrent la moitié orientale du continent.

Contrairement à l’Asie et à l’Europe, dont la majorité des pays commercent majoritairement entre eux, les pays africains souffrent toujours des lenteurs aux frontières, formalités de douane et coûts de commerce exorbitants qu’ailleurs. Outre le manque d’industries locales – plus de 80% de la main d’oeuvre africaine travaille dans l’agriculture vivrière et le secteur informel – limitent souvent les possibilités d’import-export.

La commissaire de l’Union africaine (UA), Fatima Haram Acyl est convaincue que « l’Afrique va surprendre le monde. Nous allons avoir un marché commun continental ». Le sommet de Charm El-Cheikh du 7 au 10 juin sera l’acte de naissance de la « Tripartite », un grand marché commun unissant 26 des 54 pays africains et créant un cadre pour aller vers des tarifs douaniers préférentiels.

L’ensemble regroupera le Marché commun des États d’Afrique australe et de l’Est (Comesa), la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) et la Communauté de développement d’Afrique australe (Sadc), soit plus de 625 millions d’habitants et plus de 1.000 milliards de dollars de PIB.

Très hétérogènes, ces trois blocs se chevauchent en partie. – Du Cap au Caire, la « Tripartite » englobera l’Afrique du Sud et l’Égypte, les deux économies les plus développées du continent, mais aussi des pays dynamiques comme l’Éthiopie ou le Kenya. Pour le moment, le Nigeria, premier PIB d’Afrique notamment grâce au pétrole, ne fait pas partie de cet ensemble.

Le gouvernement sud-africain s’est félicité que le lancement de la zone de libre-échange tripartite est une étape majeure pour le continent africain qui remonte au plan de Lagos de l’Union africaine et au traité d’Abuja visant à créer une communauté économique africaine. Ce qu’il considère comme « un message fort, montrant que l’Afrique travaille à son intégration économique, et à créer un environnement favorable au commerce et à l’investissement », alors que le projet continue d’inspirer un certain scepticisme.

L’effet de « l’épaisseur » des frontières

De fait, seuls 12% environ des échanges commerciaux en Afrique ont lieu entre pays du continent (contre 55% en Asie et 70% en Europe). C’est la conséquence de ce que les économistes appellent « l’épaisseur » des frontières et qui se mesure au nombre de documents à produire pour l’importation et l’exportation (7 à 8 papiers de douane en moyenne en Afrique, contre 4 à 5 en Europe) et qui tient compte aussi de délais et coûts de franchissement des frontières.

Selon le rapport 2015 de l’Ocde et du Pnud, sur les Perspectives économique de l’Afrique, il faut compter en moyenne une trentaine de jours en Afrique pour dédouaner une marchandise (sauf au Maghreb), contre une dizaine dans l’Union européenne (UE). Le rapport souligne que les pays africains, surtout s’ils sont enclavés, cumulent des coûts du commerce supérieurs et des frontières plus épaisses qu’ailleurs. Les exportations intra-africains se chiffraient en 2013, à 61 milliards de dollars environ (+50% par rapport à 2010).

Pour le patron de British Telecom, Michael Rake, l’accord de libre-échange tripartite est important, « c’est une première étape pour l’Afrique qui va pouvoir ainsi parler avec l’Union européenne, et d’autres, sur une base globale ».

Outre les obstacles institutionnels, d’autres facteurs expliquent que le commerce intra-africain demeure embryonnaire bien qu’en expansion, et notamment la faible industrialisation, a souligné pour sa part le président de la Banque africaine d’Import-Export, Jean-Louis Ekra. Si les grands pays producteurs de cacao, qui ne peuvent évidemment pas se vendre des fèves entre eux, pouvaient produire eux-mêmes du chocolat, ils en vendraient sur tout le continent, a-t-il dit.

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