La « francophonie économique » fait timidement ses premiers pas

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Près d’un an après l’adoption d’une stratégie lors du sommet de Dakar en novembre 2014, la francophonie économique peine à prendre forme.

« Je veux être, la championne, – comme on le dit dans le monde de l’entreprise – d’une Francophonie économique ouverte. » Michaëlle Jean, secrétaire générale de l’organisation internationale de la francophonie (OIF) s’exprimait ainsi devant les membres du conseil économique du Nouveau Brunswick au Canada le 5 juin dernier.

À voir : Cartographie de la francophonie dans le monde

Le tournant de la francophonie économique

L’OIF a officiellement pris le tournant de la francophonie économique lors du sommet de Dakar en novembre 2014. « En 2010, les pays membres et observateurs de l’OIF représentaient 14 % de la population mondiale, 14 % du revenu national brut mondial et 20 % des échanges mondiaux de marchandises. Ils comptent aujourd’hui 900 millions d’habitants, dont 220 millions de locuteurs en français », mettait en avant la « stratégie économique » adoptée par les chefs d’État et de gouvernement à Dakar au Sénégal. En un mot « un espace gigantesque qu’il nous faut mieux explorer et dynamiser, d’autant plus qu’il est une porte ouverte sur quantité de débouchés et de marchés des Amériques à l’Europe, à l’Afrique, l’Asie et l’Océanie », arguait encore avec fougue Michaëlle Jean en juin dernier.

Le deuxième forum à Paris

Pour porter cette nouvelle mission voulue par l’OIF, un premier forum économique de la francophonie s’était tenu dans la foulée du sommet à Dakar. La deuxième édition de ce forum a lieu ce 27 octobre à Paris sous l’égide de l’OIF et du ministère français des affaires étrangères avec la présence de Michaëlle Jean, de plusieurs chefs d’État africains et de nombreux décideurs politiques et économiques venant des 80 pays membres de la Francophonie.

Des dirigeants africains contestés

« Le business avant la démocratie ? », interroge le collectif « Tournons la page, pour l’alternance démocratique en Afrique ». Ce collectif transcontinental porté notamment par le Secours catholique en France dénonce la présence de certains dirigeants africains au forum notamment celles de Faure Gnassingbé (Togo) et Ali Bongo (Gabon), « deux chefs d’État [qui] sont au pouvoir après leur père, suite à la suppression des limitations de mandats et [qui] se maintiennent par des mascarades électorales ».

Un rôle de facilitateur

« L’OIF n’est pas un bailleur de fonds, l’organisation a peu de moyens », précise d’emblée Étienne Alingué, responsable économie à l’OIF. « Développer une stratégie économique pour l’espace francophone est une démarche longue qui doit mobiliser les États, les entreprises, les collectivités territoriales, l’OIF peut jouer un rôle de facilitateur et mobiliser les réseaux d’acteurs économiques dans les domaines bancaires, commerciaux, en matière de normalisation, etc. »

Ce forum parisien organisé par Richard Attias et l’hebdomadaire Le Point escompte créer ces liens et aborder des thèmes concrets tels que l’entrepreneuriat, le numérique, l’éducation, les partenariats publics privés, etc.

La francophonie, un espace de solidarité

« La francophonie économique n’est pas seulement un marché, c’est d’abord un espace de solidarité, de développement, de soutien aux économies fragiles », défend Étienne Alingué qui met en avant l’action la plus symbolique de l’organisation à ses yeux : la promotion de l’emploi des jeunes et des femmes en Afrique subsaharienne en soutenant des projets de création d’entreprise. Le Canada au premier chef, suivi par le Gabon, le Niger et le Cameroun soutiennent cette action de l’OIF.

Un déficit de vision commune

« La francophonie économique cela supposerait un espace de coopération économique, or ce concept est loin d’être partagé », déplore Pouria Amirshahi, député PS rapporteur du rapport sur la francophonie et président de l’Institut de relations internationales et stratégiques. « Il n’y a pas de vision commune, la langue elle-même est négligée », ajoute-t-il en rappelant que la politique d’ouverture de l’OIF s’est traduite par une majorité d’États membres non francophones.

Des jeunes francophones privés de visa

Dans son rapport parlementaire, il préconisait un recentrage sur le premier cercle des pays francophones (33 États membres de l’OIF et l’Algérie non-membre), une politique de formation professionnelle, d’Erasmus francophone, de diplômes communs, d’alliances industrielles, de dépôt de brevets en français, de visa francophone, etc. « Aucune ambition en ce sens ne se dessine », constate-t-il.

En juillet dernier, nombre de jeunes francophones des pays du Sud n’ont pas pu se rendre au forum mondial de la langue française qui se tenait à Liège en Belgique faute d’avoir pu obtenir un visa. « Cela interpelle, concède Étienne Alingué. La mobilité des personnes relève de la souveraineté des États, il faudra pourtant faire des progrès en la matière ».

Marie Verdier    

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